"Zaventem doit laisser l'aéroport de Charleroi se développer dans sa division"

"En juillet, on a battu tous les records, on était proches des 800 000 passagers", s'enthousiasme l'administrateur délégué de Brussels South Charleroi Airport (BSCA) Jean-Jacques Cloquet, invité de Matin Première ce jeudi.

L'aéroport régional qui a reçu ce mercredi la visite du nouveau ministre wallon en charge des Aéroports Jean-Luc Crucke (MR) "se porte vraiment bien", mais les ambitions et les défis sont encore nombreux.

Les chiffres sont en hausse et "la notoriété commence à se faire". Dès lors, la concurrence avec l'aéroport de Bruxelles-National est rude. Du moins du point de vue de ce dernier. Zaventem n'a en effet pas hésité à défendre ses intérêts, notamment par des actions en justice contre son petit frère carolo, l'accusant de concurrence déloyale. Résultat : l'aéroport de Charleroi doit aujourd'hui une redevance nettement plus élevée à la Région wallonne.

Jean-Jacques Cloquet estime que Bruxelles-National se trompe de cible : "Nous avons battu notre record de fréquentation en juillet, et Bruxelles a battu le sien sur le même mois. Que l'on m'explique où est le problème ? (…) C'est un honneur pour nous que ce grand aéroport s'intéresse à nous et nous attaque, mais je pense qu'ils feraient mieux de s'intéresser à la concurrence d'aéroports comme Paris, Amsterdam ou Francfort – parce que, là, il y a vraiment de grands enjeux – et laisser l'aéroport de Charleroi se développer. (…) Chacun dans sa division doit et peut évoluer".

"2000 emplois en dix ans"

L'expansion carolo pourrait peut-être faire des envieux. Mais elle s'accompagne d'une "belle réussite socio-économique", assure Jean-Jacques Cloquet. "En dix ans, on a créé plus de 2000 emplois directs et indirects. Et cette année-ci, c'est encore +10%".

"Je crois que le gouvernement wallon – je dirais, tous partis confondus – a toujours investi dans l'aéroport, et ce justement dans le souhait d'un retour socio-économique. C'est le cas. Et c'est une région qui en a bien besoin."

"La moyenne d'âge des employés est de 33-34 ans. Ce sont des gens qui ne sont pas nécessairement hautement diplômés, mais ils peuvent avoir des emplois qui sont pérennes parce qu'on n'est pas une multinationale qui délocaliserait du jour au lendemain sur un autre continent. Pour cela aussi, on doit remercier celle qui est notre actionnaire principale depuis 25 ans : la Région wallonne."

Une dépendance à Ryanair ?

Des emplois pérennes ou dépendants de la présence de Ryanair ? Ce jeudi, plus de 70 départs étaient prévus à l'aéroport de Charleroi, dont plus de 50 départs sont assurés par Ryanair. 

"Dans une entreprise, on vit avec des risques mesurés. (…) On ne doit pas se plaindre d'avoir, à l'aéroport de Charleroi, quasiment la meilleure compagnie européenne en termes de développement. Avec Ryanair, c'est très clair : il faut que nous soyons très ponctuels, très efficaces et, évidemment, on doit être le moins cher possible. Avec toutes nos équipes, c'est sur cela que nous travaillons", résume le patron de BSCA.

"Mais cela ne nous empêche pas d'avoir une stratégie de diversification. (…) Depuis deux-trois ans, nous avons trois nouvelles compagnies. Maintenant, certes, Ryanair est encore l'acteur principal", admet-il.

Point-point et hub

Plus de compagnie pour plus de choix, mais aussi pour mener d'autres stratégies. Si l'aéroport est très performant sur le modèle dit du "point-point" – l'aller-retour classique sans escale type Charleroi-Rome-Charleroi –, il tente aujourd'hui de se développer sur les terrains complémentaires et du hub (autrement dit de la correspondance aérienne) et de l'intercontinental (du "point-point" long-courrier).

L'objectif est, "à partir du moment où on a 180 destinations, de devenir un aéroport de transit. Les gens peuvent arriver à l'aéroport de Charleroi et repartir vers une autre destination".

Mais l'infrastructure devrait s'adapter pour permettre à de Brussels South Charleroi Airport de se développer en tant que hub. "Le master plan que nous avons fait il y a deux-trois ans – je ne vais pas dire qu'on peut le mettre à la poubelle –, mais les modèles ont changé. Quand on voit l'attente du marché, cela représente une transformation non négligeable pour l'aéroport de Charleroi."

Pour les passagers, la qualité d'un aéroport de transit réside dans la facilité et la rapidité de changement de vol, mais aussi dans le confort dans l'attente. Ils "doivent pouvoir rester quelques heures dans le terminal, en zone de transit", ce qui implique que soit notamment installés des commerces dans cette aile de l'aéroport. À cela s'ajoute la gestion des bagages qui doivent pouvoir être réorientés efficacement vers les secondes destinations.

Long-courriers... et longue piste

Quant à la volonté d'attirer des vols intercontinentaux, elle a fait l'objet d'évaluations. "Nous avons étudié les perspectives d'ici 10 à 20 ans, confie le patron de l'aéroport de Charleroi. On se rend compte que d'ici 10 ans, rien que sur l'Europe, nous attendons des croissances de 3% par an."

"Et, surtout, on se rend compte qu'en Asie le transport aérien est en train d'exploser. Et l'Afrique aussi. Dans 10 ans, on se dit qu'un Africain sur deux va voyager. Les perspectives sont importantes, tout comme les opportunités", notamment sur le low-cost long-courrier, précise-t-il.

Le calcul est simple : qui dit long-courriers, dit longues pistes. Le projet d'allongement à 3200 mètres d'ici 2020 est sur la bonne voie puisqu'il avait reçu le feu vert du gouvernement wallon fin 2016 et que Jean-Luc Crucke (MR) a assuré ce mercredi "vouloir poursuivre les engagements pris".

Un projet qui inquiète les riverains de l'aéroports. Mais Jean-Jacques Cloquet souhaite les rassurer : "Déjà, nous allons exploser le nombre de passagers et nous constatons que nous avons moins de mouvements."

"Un équilibre entre développement socio-économique et nuisances"

"Ensuite, les avions qui arrivent maintenant sont nettement meilleurs d'un point de vue technologique. (…) 80% de la flotte qui passe par Charleroi va être remplacée à terme. On ne les entend quasiment plus et il consomme nettement moins. Tout cela ne sera que positif pour nos riverains."

"Et, quand on parle de long-courriers, ce qui est clair, c'est qu'ils voleront dans nos heures creuses. Il n'y aura pas d'horaires extrêmes et on ne va certainement pas changer ceux que nous avons aujourd'hui."

L'administrateur délégué de l'aéroport le reconnaît, "c'est toujours une question d'équilibre entre le développement socio-économique et les nuisances que cela peut créer. Et ces dernières, nous devons essayer de les atténuer au maximum."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK