A Thuin, les berges de la Sambre deviennent un havre pour la biodiversité

La ville de Thuin est une ville de batellerie. Dans la ville basse, le quai le long de la Sambre accueille d’ailleurs, sur une péniche, un musée de la batellerie. Sur son parcours à travers Thuin, la Sambre est, comme partout sur son tracé belge, canalisée. Mais les berges qui forment le quai sont ici des murs verticaux dénués de toute végétation. Ce n’est pas le cas qu’à Thuin, mais à chaque fois que la rivière traverse une agglomération. Et c’est encore plus flagrant sur la Basse-Sambre, entre Charleroi et Namur. Cette absence complète de végétation, ces berges verticales qui s’érigent depuis le fond du cours d’eau,… ne sont guère propices à la biodiversité. C’est la raison pour laquelle a vu le jour le projet TVBuONAIR (Trame Verte et Bleue en milieu urbanisé) initié dans le cadre du programme européen Interreg.

Des paniers végétalisés

Sur une dizaine de mètres de longs, une structure métallique a été fixée à la berge en moellons de béton. Une espèce de gigantesque balconnière dont la base est immergée une douzaine de centimètres sous la surface. Dans ces grands paniers sont placées de longues tresses et épaisses tresses de fibre de coco. La fibre de coco est perméable et présente la particularité de retenir les nutriments utiles au bon développement des plantes : azote, phosphore, potassium… Deux semaines avant l’installation, les plantes destinées à végétaliser les berges de la Sambre à Thuin ont été plantées dans ce substrat de fibre de coco dans lequel elles se sont enracinées et déjà bien développées.

Des plantes d’air et d’eau

Les plantes qui vont trouver place dans ces balconnières sont des iris aquaphiles et des carex. Il s’agit de plantes hélophytes. Des espèces dont le système reproducteur (les feuilles et les fleurs) sont à l’air libre, alors que le système racinaire se trouve sous l’eau. Et c’est précisément ce système racinaire qui intéresse les porteurs de ce projet. Les racines vont grandir et plonger jusqu’à une profondeur de 40 et même 60 centimètres. Et cette dense "forêt" de racines qui va offrir à la faune un refuge. Les poissons viendront y frayer, les batraciens et les libellules y pondre. Les zooplanctons pourront s’y développer.

Dans le feuillage viendront batifoler les insectes qui attireront des oiseaux qui s’en nourrissent. Insectes dont les larves nourriront les batraciens… etc.…

Bref, c’est tout l’écosystème toute et toute la chaîne alimentaire propre aux berges des rivières qui vont, sur quelques mètres de longs, être favorisés et reproduits au cœur de l’agglomération de Thuin. Et tout cela est sans compter le printemps qui verra les fleurs apparaître et colorer le quai.

Les petits ruisseaux forment les grandes rivières

Dix mètres ! Dix malheureux petits mètres ! Mais que représentent dix mètres sur la longueur d’un cours d’eau comme la Sambre. Les paniers végétalisés installés à Thuin ne sont pas les premiers du projet "Trame Verte et Bleue en milieu urbanisé". Il en existe déjà à Liège, à Châtelet, à Floreffe, à Farciennes… qui ont montré leur effet. Un peu plus de 160 mètres, entre Charleroi et Namur. On a pu y observer des brochets, des gardons, des tanches… qu’il est bon de voir repeupler la Sambre. Les martins-pêcheurs et les bergeronnettes des ruisseaux aussi semblent-ils, apprécient ces installations verdurisées.

Mais la vocation de ces installations financées par l’argent public est aussi de suggérer à d’autres acteurs publics, d’autres communes traversées par une rivière, ou à des privés installés au bord de l’eau,… d’eux aussi investir dans ce dispositif qui coûte entre 200 et 250 euros le mètre.

Des intérêts communs tout au long de la Sambre

Le programme européen Interreg vise à financer des projets qui rassemblent des régions frontalières concernées par une même problématique. Dans le cas présent, la Sambre prend sa source en France avant d’entrer en Belgique à Erquelinnes et de se jeter dans la Meuse à Namur. Interreg finance donc le projet autant du côté français que du côté belge. Effectivement, ni l’eau qui coule sur le tracé, ni les poissons qui y vivent et s’y reproduisent ne se soucient des frontières. Mais le programme européen ne finance pas tout. Pour un 1€ de subside européen, l’autorité locale qui bénéficie de ce subside doit également financer 1€ du projet. Thuin a donc payé sa part et fait appel au Contrat de Rivière Sambre et Affluents et à la Maison Wallonne de la pêche pour la réalisation.

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