A Saint-Ghislain, les navetteurs tiennent à leurs guichetiers

A Saint-Ghislain, les navetteurs tiennent à leurs guichetiers
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A Saint-Ghislain, les navetteurs tiennent à leurs guichetiers - © Tous droits réservés

A partir du 5 août prochain, pour acheter un ticket de train après-midi, il faudra se tourner vers l’automate installé sur le quai de la gare. Le guichet sera fermé. La SNCB modifie les horaires des guichets dans 23 gares wallonnes, dont 8 en province de Hainaut. Saint-Ghislain et Jurbise sont concernées. La mesure passe mal auprès des navetteurs.

Mardi, une affiche est apparue sur la vitre du guichet. Elle annonce les changements à venir. Fini la présence d’un employé, en pleine après-midi, ou le dimanche. Il faudra acheter son ticket de train sur le quai ou via l’application pour smartphone. Et pour le reste, les renseignements, les abonnements, il faudra se débrouiller, ou revenir le lendemain.

"Dans certaines gares, dont la vôtre, le nombre de clients s’adressant au guichet est devenu marginal", explique Marc Huybrechts, le patron du département marketing et ventes à la SNCB, dans un courrier adressé au bourgmestre de Saint Ghislain. "le nombre de transactions par heure aux guichets pendant certaines périodes est en effet descendu sous le seuil minimum, à savoir un temps mort entre 60% et 95%".

Daniel Olivier (PS) a déjà répondu, exprimant son " profond désappointement " face à une décision "qui n’a pas de raison d’être". Et le maïeur de pointer les rénovations récentes et " à grands frais " de la gare de Saint-Ghislain, où les guichets seraient fermés la moitié du temps.

Ailleurs aussi, à Jurbise notamment, les autorités se rebiffent. Jacqueline Galant (MR) compte interpeller le ministre compétent, François Bellot (MR), lui-même qui est venu inaugurer le tout nouveau parking de la gare, le 29 avril dernier.

Mais qu’en pense-t-on sur les quais ? " Moi je comprends pas ", nous confie un étudiant de l’école technique hôtelière toute proche. "St-Ghislain est quand même une gare très fréquentée, pourquoi?" "On nous dit qu'il faut prendre les transports en commun, mais on nous complique la tâche...", ajoute un retraité. Un peu plus loin, une jeune fille nous dit qu’elle "s’en fiche un peu", sa copine aussi, mais soudain elle se ravise. "Les automates ne prennent pas les billets. Quand on n’a pas de monnaie, c’est compliqué. Il faut acheter son billet dans le train, mais payer un supplément ! Là, c’est embêtant ". Une mère de famille pense déjà à septembre, le " mois des nouveaux abonnements "…Et des files au guichet ! "Ne pourrait-on pas prévoir qu’à ces périodes de rush on maintienne une présence au guichet toute la journée ? Pour éviter la cohue"

A priori, on aurait tendance à diviser les utilisateurs en deux catégories. Les jeunes, habitués aux nouvelles technologies, qui s’adaptent bien aux nouveaux circuits " de vente ", online ou automatisés. Et puis les seniors, peu connectés, vite dépassés. La réalité est beaucoup plus complexe.

Moi j’utilise pas les automates " rétorque une jeune femme. "Je n’ai pas confiance, peur qu’ils ne rendent pas la monnaie, que ma carte ne ressorte pas. Il n’y a rien de mieux que de s’adresser à un employé, en direct ".

Question de sécurité, aussi, poursuit un étudiant. "S’il se passe quelque chose, ils sont là, ils peuvent prévenir, appeler de l’aide". Et bien sûr informer sur les horaires, les trajets, les changements…

A l’abri-vélo, nous croisons une dame âgée. Elle a du mal à attacher le cadenas de son vélo. "Je n’y vois plus clair, d’ailleurs là je vais chez l’oculiste en train. Comment voulez vous que je sache lire sur l’écran d’un automate?" "Moi je suis illettré. Sans mon fils, je ne sais pas me débrouiller. Il n’est pas toujours avec moi…Sans la personne du guichet, je suis complètement bloqué".

Certains navetteurs discutent des changements à venir avec le personnel de la gare. "Nous allons avoir une période de transition, début d’été, jusqu’au 5 août, pour préparer les gens à utiliser les automates. Nous devrons les accompagner, les aider", explique la préposée au guichet. Comme ses collègues, elle a appris la nouvelle il y a 48 heures. La SNCB insiste sur le maintien de l’emploi. "Mais on est un peu sous le choc quand même". Ils pensent être à l’avenir un peu plus "dispatchés" entre les différentes gares. "Notre rôle devrait aussi un peu évoluer : nous serions là pour aider les gens à planifier leurs itinéraires, comme des guides, plutôt que chargés de vendre des tickets", résume notre interlocutrice.

Dans la salle d’attente, nous discutons avec Christophe. Lui se dit "révolté", face à l’informatisation de la société, en général. "Regardez les caissières dans les magasins, on fait pareil, on les remplace petit à petit par de l’informatique. Moi je pense aux gens qui sont derrière les guichets, et je trouve ça dommage".