A la Sister's House, les jeunes migrantes trouvent chaque soir un matelas pour dormir en sécurité

Elles ont souvent entre 18 et 24 ans. Leur histoire, sur les routes de la migration, ressemble à celle des garçons… En plus difficile ! Parties d’Afrique (souvent d’Érythrée), ces jeunes femmes ont traversé le désert, la Libye, la Méditerranée. Des années d’errance parfois, pour tenter de rejoindre l’Angleterre. A Bruxelles, elles ont trouvé un refuge pour se poser quelques heures ou quelques semaines. Enfin en sécurité et entre femmes.

Dans la rue, elles sont presque invisibles

Nous avons rendez-vous à 20 heures, devant un petit immeuble bruxellois où deux appartements ont été prêtés temporairement par la commune d’Ixelles. Le lieu est discret, nous promettons de ne pas préciser l’adresse. Une vingtaine de jeunes femmes attendent l’ouverture des portes de la maison. "Two-One-Six", "One-One-Three", chacune à son tour, donne à la bénévole chargée de l’accueil, le chiffre qui lui donne l’accès aux chambres. L’endroit est géré par la Plateforme Citoyenne de Soutien aux réfugiés. Ici, pas de luxe, juste des étagères où s’empilent les sacs et des matelas au sol. Il y a aussi une petite cuisine où les filles prépareront le repas commun. Un bref passage à la salle de bain puis les corps aspirent au repos. Sara et sa copine Ayden trouvent quand même l’énergie de nous souffler leur soulagement d’être là, à l’abri des dangers qui guettent les jeunes filles, seules, dehors la nuit.

Hébergées ou bénévoles, ici n’entrent que des filles

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Avant de dormir, elles prendront quelques minutes pour retrouver des gestes familiers © Tous droits réservés

A la Sister’s House, n’entrent que des femmes ! Et c’est une évidence pour Adriana Costa Santos, de la Plateforme Citoyenne. "La Sister’s House a été ouverte en novembre 2018. A l’époque, nous étions au Parc Maximilien et on se rendait compte de l’extrême vulnérabilité des femmes. De leur difficulté pour trouver un lieu où se laver, où dormir en sécurité". Ces femmes ont parfois subi des violences dans leur pays d’origine (mutilations génitales, mariages forcés) mais sur leur parcours migratoire, elles peuvent avoir été victimes de violences sexuelles pour monnayer le passage des frontières. En Belgique, la rue est aussi dangereuse. Tout comme les parkings d’autoroutes où elles essayent de grimper dans les camions.

Un accès vers des services médicaux spécifiques

Au cours de ces soirées, quelques mots pudiques permettent d’en savoir un peu plus sur les conséquences de ces violences. Ici, pas de consultations médicales mais plus tard, dans les locaux du hub humanitaire, ces jeunes femmes pourront trouver l’assistance dont elles ont besoin. Priscilla Fligitter coordonne l’activité médicale du Hub humanitaire pour l’ONG Médecins du Monde. "Lors de nos consultations sage-femme, nous recevons des demandes pour des IVG, des dépistages ou des suivis de grossesse (grossesse désirée ou non)". Elles sont très jeunes, vulnérables et parlent difficilement de ces sujets intimes, même avec leurs copines. "Lors du premier entretien, elles évoquent un simple mal de gorge ou de tête. Ce n’est qu’ensuite que l’on apprendra qu’elles sont enceintes".

 

"Nous recherchons un nouveau lieu d’hébergement pour ces jeunes femmes"

Quel avenir pour la Sister House ? Les locaux occupés depuis 15 mois doivent faire prochainement l’objet de travaux. Pour la fin du mois de février, la Plateforme Citoyenne de soutien aux Réfugiés est donc à la recherche d’un local (logement ou bureaux aménageables) pouvant accueillir entre 70 et 100 femmes. Les filles représenteraient 15% de l’ensemble des migrants.

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