A Ittre, les Jolly se lancent dans la culture de bambou local

Le bambou est exigeant à cultiver mais présente de nombreux atouts
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Le bambou est exigeant à cultiver mais présente de nombreux atouts - © S. Vandreck

Chez nous, le bambou se cultive jusqu’à présent uniquement dans les jardins, pour son côté décoratif et exotique. Mais, cultivée de manière plus intensive, cette graminée présente plus d’un débouché économique : sa fibre entre dans la fabrication d’isolants, de papier ou de textile, son bois est décoratif et résistant, ses pousses sont un mets apprécié, son pouvoir calorifique en fait un combustible intéressant. Les industriels européens, qui sont de plus en plus nombreux à l’utiliser, l’importent d’Asie, mais une filière européenne s’implante depuis quelques années. Après l’Italie et la France, la culture du bambou tente une percée en Belgique. Ferdinand Jolly, agriculteur à Ittre, bien connu pour ses fraises, est un des tout premiers à se lancer dans l’aventure : "On cherche à se diversifier, à trouver de nouvelles cultures qui apportent de la valeur ajoutée. Les céréales sont de moins en moins rentables, le prix des froments reste très bas. La culture betteravière est aussi moins rentable qu’auparavant", constate-t-il.

Une culture écologique… ou presque

La filière du bambou est présentée par ses promoteurs comme une des plus rentables actuellement. Elle séduit aussi les agriculteurs par son caractère écologique : "C’est une culture qui demande peu d’engrais, il n’y a aucun traitement chimique à effectuer, aucune pulvérisation. Elle va aussi capter beaucoup de CO2, même en quantité plus importante que les arbres, ce qui est intéressant avec le réchauffement climatique", s’enthousiasme le cultivateur. Le bambou est par contre un grand consommateur d’eau. Un système d’irrigation a été installé par les Jolly entre les plants. "Nous avons creusé un forage vers un puits, qui est déjà utilisé pour nos cultures de légumes. On en profite donc pour arroser les bambous". Les sécheresses de ces derniers étés ne font d’ailleurs pas peur à l’agriculteur : "Les nappes restent bien approvisionnées. On a eu pas mal d’eau l’hiver dernier", se rassure-t-il. Pour se lancer dans cette culture chez nous, mieux vaut donc disposer d’un puits et d’une terre ni trop lourde ni trop sablonneuse.

Un gros effort financier et beaucoup de patience

L’agriculteur et son fils ont planté leur parcelle de bambous en juin dernier. Les plants, venus d’une pépinière de Bologne, ont aujourd’hui atteint près d’un mètre de haut. "L’année prochaine, on verra apparaître des rhizomes entre les rangées, et au final tout va être couvert", prévoit-il. Mais il ne pourra commencer à tirer profit de sa plantation avant deux ou trois ans. "Ce sera pour les pousses de bambous, précise-t-il. Nous pourrons effecteur plusieurs récoltes par an, pour approvisionner les restaurants et grandes surfaces". Ce n’est qu’au bout de cinq ans, quand les bambous auront atteint une hauteur d’une quinzaine de mètres et formeront une véritable "forêt" et dont une partie pourra être coupée, selon un système de rotation. "L’idée est de chaque année prélever une petite partie pour avoir un revenu annuel", poursuit Ferdinand Jolly. La culture de bambou demande donc beaucoup de patience. "C’est quand même un gros effort financier : il a fallu acheter les plants, les planter à la main. Et il faut dès à présent les entretenir, toujours à la main. Et cela alors que les premiers revenus n’arriveront que dans quelques années", reconnaît l’agriculteur. Beaucoup d’exigences qui ne l’empêchent pas d’être confiant dans le potentiel du bambou.

 

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