"A défaut de monter sur scène, laissez-nous au moins répéter", crient les artistes

Les jongleuses de "La bête à plumes" ont trouvé refuge en Brabant wallon, leur salle de répétition ayant dû fermer à Bruxelles
Les jongleuses de "La bête à plumes" ont trouvé refuge en Brabant wallon, leur salle de répétition ayant dû fermer à Bruxelles - © S. Vandreck

C’est un rendez-vous incontournable de la programmation du Centre Culturel du Brabant Wallon (CCBW) : chaque mois de novembre, le festival "En l’Air" met en évidence pendant une quinzaine de jours les talents du cirque contemporain belge. En cette année de crise sanitaire, le centre culturel a tout prévu pour maintenir l’événement et accueillir le public en respectant un protocole strict.


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La jauge ne dépassant pas les 200 spectateurs, dans un hall de 3200 mètres carrés, le PAMexpo de Court-Saint-Etienne. Les réservations commencent à affluer. Mais, à quelques heures de l’annonce de nouvelles mesures sanitaires en Wallonie, Nicolas Van Der Maren, le président du CCBW doit bien se rendre à l’évidence : "On se dirige très clairement vers une annulation", regrette-t-il.

Une question de survie

Dans une salle du centre culturel, la compagnie bruxelloise Air Blow poursuit pourtant les répétitions de son spectacle "Bounds on the Beats", à l’affiche du festival. Gaspard Herblot et Priam Pierret peaufinent leurs numéros de human beat box et de diabolo, tout en étant bien conscients qu’ils auront peu de chance de les présenter devant un public dans l’immédiat. "On a déjà composé cette année avec beaucoup d’annulations. On est donc psychologiquement préparés à ce que ce festival puisse être annulé", affirme Gaspard, le fondateur de la compagnie.


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"Le processus de création d’un spectacle c’est entre six mois et deux ans. On crée donc maintenant en se disant qu’un jour il y aura un vaccin et qu’on pourra présenter nos spectacles", espère néanmoins Priam, son comparse. Continuer à répéter, c’est aussi une question de survie : "On comprend qu’il faille fermer les lieux culturels. Si on ne peut pas avoir ça, laissez-nous au moins répéter, en respectant tous les protocoles en vigueur, clame Gaspard. Si on nous enlève notre pratique, on nous retire aussi ce qui nous équilibre et ce qui nous motive". Car, après les annulations de dates de spectacles et d’ateliers dans les écoles, les temps sont durs pour beaucoup d’artistes comme lui.

On n’est pas comme un bouton de télé qu’on pourra rallumer une fois que la deuxième vague sera passée

Au moment de notre rencontre, les lieux culturels sont encore ouverts en Wallonie. La région bruxelloise par contre a déjà décidé de les faire fermer. Cela inclut les musées, les cinémas, les salles de spectacle, mais aussi les lieux de répétition. Isabelle Dubois et sa troupe, "La Boîte à Plumes", en ont fait les frais et sont venues se réfugier à Court-Saint-Etienne pour continuer à travailler.

"Pendant le confinement, chaque artiste s’est débrouillé comme il pouvait pour entretenir son corps dans un petit appartement. C’était encore possible dans les parcs, mais cet hiver, il n’y aura pas les parcs, constate-t-elle. Nous travaillons la jonglerie et on a besoin d’espace pour continuer à la pratiquer. On n’est pas comme un bouton de télé qu’on pourra rallumer une fois que la deuxième vague sera passée. Il faut qu’on se maintienne en forme. C’est aussi une façon de rester en vie".

Pour Nicolas Van Der Maren, il est d’ailleurs important de distinguer les lieux de diffusion de ceux où répètent les artistes : "Plus de public possible, c’est une chose, mais on espère maintenir notre résidence ouverte pour les artistes qui en ont besoin", confie le président du CCBW. Et pour ne pas laisser le public sans festival, en cas d’annulation, il est prévu de diffuser sur le web des capsules présentant les meilleurs numéros ainsi que des témoignages d’artistes.

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