A Bruxelles, la désindustrialisation est en marche depuis plusieurs décennies

Une porte qui s’ouvre et qui donne sur un vaste espace aménagé. "On est ici à Ixelles, dans le projet Brasserie 55." Depuis 15 ans, Sylvie Adam (agent immobilier) vend des lofts, des usines transformées en logements. "On trouve des colonnes en fonte, il y a des voussettes au plafond qui gardent le caractère d’époque…"

Peu à peu, ces brasseries, imprimeries ou autres chocolateries se sont vidées, signe de la fin de l'ère industrielle. Les chiffres en témoignent, ils sont éloquents. "Dans les années 60, on recensait près de 170 000 emplois dans le secteur secondaire. Aujourd’hui, ils sont moins de 10 0000", commente l’historien Jean Puissant.

Les usines se sont vidées mais la ville, elle,  se remplit de nouveaux habitants. A tel point que le gouvernement régional vient de décider d'autoriser la construction de logements dans des quartiers jusque-là uniquement dédiés à l'industrie.

Dans les choix politiques, le logement prend donc de l'importance mais est-ce au détriment de l'industrie ?

La question inquiète les entreprises. "Ici, on a un logement galopant, répond Olivier Willocx (président de BECI, la chambre de commerce bruxelloise), un logement qui se construit tout seul parce que tout le monde est demandeur aujourd’hui, parce que le marché est demandeur… Et on ne protège pas la fonction faible, à savoir l’industriel…"

Ces quartiers mixtes d'industries et de logement sont-ils pour autant possibles ? " Je pense toujours à Célesteville, la ville de Babar, faire remarquer Jean Puissant. C’est LA ville où toutes les fonctions sont là et vivent en harmonie. Or, une vraie ville, ce n’est pas comme ça ! C’est une compétition pour des territoires, pour des moyens (…) Aujourd’hui, l’industrie est un maillon faible !"

Plus que trois grandes entreprises à vocation industrielle

Lorsque l'on parle des grandes entreprises du secteur secondaire (autrement dit, dont l'activité est liée à la transformation des matières premières), les exemples bruxellois ne se comptent plus que sur les doigts d’une seule main, les autres ayant déserté la capitale. Ainsi, en 2013, on relève le constructeur automobile Audi à Forest, la SABCA (active dans l'aéronautique à Haren) et le grossiste en viande Viangros à Anderlecht.

Depuis la fin des années 60, l’emploi généré par l'industrie s’est donc réduit comme peau de chagrin. Selon les estimations, ils ne seraient plus que 10 à 30 000 à y travailler sur Bruxelles.

Malgré tout, il faut bien se dire que cette désindustrialisation n'est pas spécifique à Bruxelles, c'est aussi vrai en Wallonie. Mais plus globalement, le phénomène traverse toute l'Europe et s'explique en grande partie par la délocalisation massive de la production dans les pays où la main d'œuvre est bon marché.

Le caractère urbain d'une ville comme Bruxelles n’aide évidemment pas

De nombreuses entreprises se sont déplacées vers la périphérie pour ne pas souffrir des problèmes de circulation. Un problème reconnu, comme celui du manque de place(s) rendant difficile toute expansion. Or, les nouveaux modes de production exigent souvent des surfaces de plein pied de plus en plus grandes.

Et puis, à Bruxelles plus qu’ailleurs, il devient difficile parfois de concilier certains types d'industries lourdes avec les exigences de la ville d'aujourd'hui, en termes de nuisances notamment (bruit, pollution de l'air, etc.).

Bruxelles est-elle pour autant devenue un chancre économique? Non, mais le tissu économique a été complètement modifié en 40 ans. Aujourd'hui, la plupart des emplois bruxellois se trouvent dans le secteur tertiaire, celui des services.

 

Hélène Maquet, Geoffroy Fabré

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