À 89 ans, le Carolo Albert Frère quitte la direction de son holding GBL

Le retrait d'Albert Frère du devant de la scène des affaires est un événement en soi. Bon nombre de grandes entreprises, de grands patrons, d'hommes d'état ont partagé un bout d'histoire avec le Baron Frère, Carolo anobli en 1994, actionnaire exigeant et fin stratège.

Du fer comme point de départ

L’homme n'est pas tout à fait parti de rien. Il naît à Fontaine-l'Evêque le 4 février 1926 dans une famille qui travaille la clouterie. Frère, c'est donc un ferrailleur déterminé à changer son statut social. Qui a compris avant tout le monde que la sidérurgie, qui se relance au lendemain de la seconde guerre mondiale, aura besoin d'acheter et acheter encore de la matière première. Il vendra donc la matière première, la ferraille, et s'assurera l'exclusivité de vente du produit final : l'acier. Il gagne ainsi sur les deux fronts pour constituer sa première fortune et accomplir son chemin vers le firmament du classement Forbes des plus grandes fortunes mondiales.

Carlam et Cockerill, qu'il revendra à l'Etat belge, c'est vraiment le début des gros sous. Ensuite il s'attaque à d'autres secteurs, les banques, à l'énergie, aux médias, et, finalement, à tout ce qui va rapporter beaucoup dans les années 1980 et 1990. Son parcours lui permet d’arrondir une valise personnelle qui pèse quelques milliards d'euros, alors que le groupe Frère Bourgeois gère, lui, plus de 17 milliards d'euros d'actif net.

Un parcours hors norme pour un ferrailleur

Sur 30 investissements majeurs réalisés en 25 ans, Albert Frère n'a perdu de l'argent que quatre fois. Si son meilleur coup reste Quick, avec un retour sur investissement d'environ 60%, son échec majeur reste les fromages Entremont où il a perdu 30%. Mais, en moyenne, Albert Frère gagne toujours. Une moyenne de gains déclarée de 14% sur ses investissements !

Son secret, qui n'en est plus un, c’est celui de s'entourer et de savoir s'entourer. Car la réussite du Baron, c'est d'abord et avant tout la réussite d'une bande de machiavels de la finance, une bande géniale, qui oeuvre dans l'ombre, qui pratique le no comment et qui lui est totalement dévouée. Une bande qui réalise coups sur coups et qui grossit habilement la fortune de son leader.

Et Charleroi dans tout çà ?

Finalement, Albert Frère a t il vraiment renvoyé la balle vers sa mère patrie ? Peu. Vraiment peu. Parce qu'il pourrait faire beaucoup plus. Il y a bien quelques investissements comme un centre d'hippothérapie, quelques hectares de terres agricoles ou le support à l'hôpital de jour pour enfants Charles Albert Frère. L'école libre mixte de La Villette à Marcinelle est un bâtiment basse énergie dont la construction a été intégralement financée par Albert Frère.

Mais il n’y a pas, dans tout cela, l'équivalent d'une grosse entreprise ou d'une manufacture qui génère des emplois ou une start-up florissante. Rien de tout cela. C'est peu Monsieur le Baron, peu pour Charleroi, mais il n'est pas trop tard.

Luciano Arcangeli

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