À 44 ans, Dominique vit sa première rentrée comme institutrice

Dominique déborde de projets pour ses nouveaux élèves.
Dominique déborde de projets pour ses nouveaux élèves. - © S. Vandreck

"J’avais toujours dit qu’à quarante-cinq ans, je changerais d’orientation professionnelle", lance Dominique Mernier. Le déclic s’est opéré un petit peu plus tôt, en accompagnant la scolarité de ses trois enfants. "Je me suis rendu compte que j’avais vraiment envie de rester en classe avec leurs institutrices qui faisaient des choses vraiment chouettes avec leurs élèves. J’avais envie de moi aussi participer à tout ça", raconte-t-elle. Elle s’est alors inscrite à l’École normale catholique du Brabant Wallon, à Louvain-la-Neuve, une des rares écoles normales à proposer une formation d’instituteur primaire en horaire décalé. Pendant trois ans, trois soirs par semaine, plus les samedis matin, sans compter les stages et les travaux de groupe, elle s’est formée au métier sans relâche. "C’était passionnant, même beaucoup plus passionnant que je ne pensais. Mais ça a aussi été plus lourd que je n’imaginais quand je me suis inscrite. J’ai dû m’accrocher. Et ma famille aussi".

Je recommence au barème d’une jeune institutrice

Avant de faire ce grand saut, Dominique a travaillé pendant dix-huit ans dans le privé comme juriste. Un métier prenant qui lui offrait une sécurité et de nombreux avantages financiers. A mille lieues du secteur de l’enseignement, où beaucoup d’instituteurs vivent de remplacements et ont un statut précaire une partie de leur carrière. Elle a pourtant fait son choix en connaissance de cause : "Malgré mes dix-huit ans d’expérience en tant que juriste, je recommence ici au barème d’une jeune institutrice qui n’aurait aucune expérience. Cela a des conséquences pour toute la famille. Cela a été fait en conscience. On a dû se réorganiser pour gérer cette précarité, car ce n’est pas non plus évident de trouver dès le début une classe sur la durée". Un choix radical, qui a amené la famille à déménager dans une maison moins lourde à payer et à renoncer à certains petits plaisirs comme les vacances aux sports d’hiver.

Les atouts de la maturité

À la veille de la rentrée scolaire, Dominique est impatiente de faire la connaissance de ses élèves, une classe de cinquième et sixième année primaire à Ohain. "Je suis extrêmement curieuse : je n’ai que des prénoms sur une liste", reconnaît-elle. Son âge, son expérience professionnelle et personnelle, elle les voit plus comme un atout que comme un handicap : "Je me sens beaucoup plus outillée qu’une jeune institutrice de vingt-trois ans qui sort de l’école. Ma maturité m’aide tant avec les enfants, que les parents ou dans l’équipe". Son ancien métier devrait même encore lui être utile. "Un juriste doit réussir à se mettre dans la peau de l’autre pour le convaincre et lui expliquer son point de vue. C’est très utile quand on doit expliquer des choses aux enfants, là où ça bloque", explique-t-elle. Vendredi dernier, elle a vécu sa première réunion d’équipe au sein de son nouvel établissement : "Me retrouver enfin là en tant qu’institutrice, en préparant notre rentrée de septembre avec les autres enseignants, c’était très émouvant". Elle espère que sa nouvelle carrière lui procurera encore d’autres beaux moments d’émotion.

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