80 décibels dans les oreilles à la cantine: des écoles réagissent

Reportage à Velaines et à Casteau
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Reportage à Velaines et à Casteau - © Charlotte Legrand

80 décibels, c'est le bruit du passage d'un métro. De la circulation des voitures sur un grand boulevard. C'est aussi le niveau sonore moyen dans les cantines. Certaines écoles disent "stop", et imposent le silence aux élèves, quand ils mangent.

A l'école Saint-Louis de Velaines (Celles), il est bientôt midi trente. L'heure pour les "grands" d'aller manger. "Ils sont rangés, devant l'escalier", nous explique Madame Marie-Anne Poulain. C'est l'institutrice qui gère les repas, à l'école. "Avant ils arrivaient en courant, en criant. Désormais, c'est déjà la règle du silence. On entre calmement, classe par classe".

L'école a longtemps cherché des alternatives, pour éviter le vacarme à la cantine. "Autrefois on acceptait que les enfants chuchotent mais très vite le ton monte, on ne s’entend plus. On a réfléchi avec les collègues, on s’est renseigné sur internet. On s’est dit pourquoi ne pas mettre la radio, écouter les nouvelles, des CD ?" Là aussi...ce fut un échec. L'école a donc décidé de modifier son règlement. "On le répète, en septembre, on insiste dans toutes les classes. Et enfin, ça donne des bons résultats".

Pour Madame Marie-Anne, les bénéfices se remarquent à plusieurs niveaux. "Je pense que c'est un confort d'abord pour les élèves. Car avant, certains enfants se bouchaient les oreilles! D'autres ne mangeaient pas! Parce qu'ils étaient incommodés par le bruit, ou parce qu'ils faisaient tout sauf manger". Elle y voit aussi un confort pour ses propres oreilles et celles de ses collègues. "Sans limitation du bruit, gérer les repas était vraiment une charge très lourde. On en sortait avec...une tête comme un pot!" admet l'institutrice en riant.

Se taire...ça ne va pas de soi!

Peut-on parler de révolution "douce" ou...faut-il faire la police tous les jours? "Ca ne va pas de soi. Il faut faire la police. Dès que je suis un peu plus coulante, pendant quelques jours...ça repart!" reconnaît Madame Marie-Anne. Elle a d'ailleurs un sifflet. Dont elle se sert généralement en fin de repas, quand les langues se délient un peu trop..."Bien sûr on a des bavards, et parfois ils sont punis, mais je pense qu'ils sont contents au final de manger dans ces conditions". 

Elle nous emmène dans la pièce d'à côté, qui fait office également de réfectoire, "mais pour les repas tartines. C'est une salle de classe tout à fait classique, dans laquelle il faut trouver une place pour tous les enfants. Ils sont parfois 3, 4 par bancs. C'est très serré! Sans un peu de discipline, on ne s'en sort pas!"

 

Qu'en pensent les enfants? Les avis sont...mitigés évidemment. Jeanne, 10 ans, reconnaît qu'elle a "une longue langue! J'aime beaucoup parler, c'est bien le calme pendant les repas mais c'est aussi un peu énervant. Je dois faire beaucoup d'efforts". Noah, 11 ans, apprécie un peu de silence quand il mange. "Se taire et réfléchir un peu, c'est pas plus mal! Oui on doit faire quelques efforts, mais ça fait du bien. On se concentre et les repas prennent aussi moins de temps". Les élèves ne s'en cachent pas: madame doit souvent rappeler les consignes. "On a même des punitions si on parle", explique une élève. "Je dois parfois copier des pages de dictionnaire. Moi j'ai beaucoup de mal parce que j'ai plein de copines autour de moi, donc j'ai envie de parler!"

 

"J'avais tout le temps mal à la tête"

A l'autre bout de la classe, il y a cette petite fille qui souffrait de maux de tête, presque tous les jours. "Maintenant j'ai beaucoup moins de problèmes, et je pense que si ça va mieux c'est grâce au silence. Ma maman aussi en avait marre, quand je lui disais que j'avais eu mal à la tête à l'école".

Et les parents, justement? Comment ont-il réagi à l'annonce de ce changement de règlement? "Les miens trouvent que le calme , c'est bien, mais ils trouvent un peu exagéré que l'on nous donne des punitions si on parle", explique un élève. "Moi, ils veulent surtout que je finisse toute mon assiette" ajoute un de ses copains.

Le directeur (ad interim) Stéphane Houttequiet n'a pas reçu de réelles plaintes émanant des parents d'élèves. "Le retour est relativement positif dans le sens où c’est un confort pour les enfants de manger dans le calme. Maintenant, nous restons réalistes et compréhensifs. L’ensemble du repas prend 20-25 minutes. Les dix premières minutes, on est assez intransigeant, il faut sévir parfois, et au bout de 15-20 minutes les élèves recommencent à prendre la parole".

Il est 12h50 l'heure pour l'équipe "vaisselle" de prendre ses fonctions.

A 70 km de là, à Casteau (Soignies), des élèves entament seulement leur assiette. Nous leur avons demandé ce qu'ils pensaient d'une cantine "silencieuse". "C’est pas très cool de manger dans le silence. Mais c’est pas très cool non plus de manger dans le bruit. Je préfèrerais des chuchotements", avance un "grand" de cinquième primaire. "C'est vrai qu'ici il y a de l'ambiance", poursuit Thomas. "Parfois quand on arrive il qu'il n'y a pas de bruit, on se dit 'wow, qu'est qu'il s'est passé ici? Ca fait du bien quand ça s'arrête un peu".

Pour Madame Lucie, en charge des cantines, "tout est une question de niveau sonore. Parfois, c'est vraiment insupportable. On est dans un tout petit local, ça résonne..." Dans les cas extrêmes, elle utilise..."la cuiller en métal! Et elle tape sur la table, puis on se tait", explique Nora. "Je dois me faire respecter, c'est clair. Mais je ne suis pas en faveur d'un silence complet. Pour moi, une cantine, ça doit être vivant, les élèves doivent pouvoir s'exprimer avant de reprendre les cours. En chuchotant, ce serait vraiment bien", sourit la jeune femme en remplissant les assiettes.

 

A Velaines comme à Casteau, les avis sont partagés quant à la gestion du bruit pendant les repas. Seul le menu du jour a fait l'unanimité, dans les deux écoles: "délicieusement délicieux", pour paraphraser Thomas*.

* pour les curieux, les élèves de Casteau ont mangé des spaghetti bolognaise et les élèves de Velaines du rôti de porc pommes de terre brocolis.

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