75 000 visiteurs pour le futur téléphérique de Namur

Comme d'autres villes (ici Grenoble) Namur veut renouer avec les joies du téléphérique.
Comme d'autres villes (ici Grenoble) Namur veut renouer avec les joies du téléphérique. - © JEAN-PIERRE CLATOT - BELGAIMAGE

La capitale wallonne espère attirer 75 000 personnes chaque année sur le téléphérique qui reliera le vieux Namur et la Citadelle. L'exploitation serait confiée à une entreprise privée. Les recettes pourraient s’élever à 375 000 euros. Mais est-ce bien réaliste ?

La ville de Namur cherche un constructeur et un exploitant privé pour son futur téléphérique. Pour attirer le chaland, elle fait miroiter un trafic de 75 000 visiteurs par an, au prix de 5 euros le parcours (aller-retour), ce qui rapporterait environ 375 000 euros de recettes. Le prix, en tout cas, paraît raisonnable. À Dinant, grimper au sommet de la Citadelle en téléphérique coûte 8 euros. Cinq euros, c’est aussi le prix d’un petit train touristique ou d’une attraction foraine.

Mais atteindra-t-on facilement les 75 000 visiteurs par an ? Le chiffre est basé sur la fréquentation actuelle de la Citadelle, qui enregistre environ 30 000 visites guidées payantes. Le plan de développement de la Citadelle table sur un doublement de ce chiffre d’ici 2017, grâce notamment à l’ouverture l'été prochain du nouveau Centre du visiteur ainsi qu’une nouvelle scénographie pour les souterrains. Bien entendu, tous les visiteurs de la Citadelle n’emprunteront pas le téléphérique, mais d’un autre côté, celui-ci attirera une clientèle spécifique, juste pour la montée et le point de vue.

180 000 à Dinant

Bizarrement, personne n’a conservé à Namur les chiffres de l’ancien téléphérique, qui a fonctionné de 1957 à 1997. C’était un exploitant privé, qui a jeté l’éponge devant les investissements nécessaires pour moderniser et sécuriser les installations. Dans les couloirs de l’administration, on évoque 80 000 visiteurs par an, mais cela tient plus de la rumeur que de la statistique archivée.

Un point de repère plus fiable est la fréquentation de la Citadelle de Dinant : selon l’exploitant privé, 180 000 visiteurs par an achètent un ticket combiné "téléphérique-visite de la Citadelle". Mais le site, plus circonscrit, se prête plus facilement à la visite que l’immense et très dispersée Citadelle de Namur.

Autre comparatif encourageant pour le projet namurois : la téléphérique de la Bastille à Grenoble, dont la configuration n’est pas sans faire penser à la citadelle namuroise : 260 000 visiteurs par an.

Une étude de marché privée

Au vu de ces chiffres, 75 000 tickets pour le téléphérique de Namur, cela ne parait pas utopique. La ville vient de lancer un marché de concession pour désigner un constructeur et un exploitant. Avant de déposer une offre, les entreprises spécialisées vont évidemment étudier très attentivement le dossier namurois. Elles ne s’engageront pas pour trente ans, la durée de la concession, sans une sérieuse étude de marché. Il sera très intéressant de connaître les chiffres de fréquentation retenus dans leur plan financier.

Précisons que les recettes escomptées ne sont pas synonymes de bénéfices. D’après les calculs de la ville de Namur, si on prend en compte l’investissement, le coût d’entretien et les coûts d’exploitation, le téléphérique de Namur ne serait pas rentable. La ville évalue à plusieurs centaines de milliers d’euros le déficit d’exploitation annuel, qu’elle devrait prendre en charge sous la forme d’une redevance payée à l’exploitant privé.

François Louis

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