30 degrés et des points rouges sur la nouvelle carte "Wallonair" : faut-il s’inquiéter ?

Les températures exceptionnelles que nous connaissons cette semaine peuvent inquiéter certains d’entre nous en ce qui concerne la pollution, notamment. Cela tombe bien, accéder aux informations concernant la qualité de l’air du lieu où nous habitons est de plus en plus simple.

Des sites comme IRCELINE (la Cellule interrégionale de l’environnement, Celine), qualitedelair, et le tout nouveau "wallonair" regorgent d’informations à ce sujet.

Mais comment interpréter les nombreuses données fournies par ces sites ?

Ce lundi, par exemple, Ste-Ode était coloré en rouge vif pour les particules fines. Et ce mardi, la région de Bastogne puis de Marchienne-au-Pont étaient également marqués de points foncés. En cliquant sur cette station, on s’apercevait que le nombre de particules présentes était 4 fois supérieur aux valeurs d’alerte recommandées par l’OMS !

Alors, faut-il s’inquiéter ? A quoi faut-il prendre garde ?

Indice global et détail

Il y a un indice global de la qualité de l’air sur chacune de ces plateformes, qui fait en quelque sorte la synthèse des informations reçues, et vous donnera une indication. Cet indice a été médiocre ce mardi matin à Bastogne, mais est déjà repassé à "assez bon".

Mais sur le site Wallonair, on peut aussi passer au mode complet, et avoir accès non seulement à plus de stations, mais aussi s’attarder sur les différents polluants et vérifier leur éventuel dépassement par rapport au seuil de référence européen ou celui de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé.

Les polluants

Ces sites reprennent les valeurs transmises par des stations de mesure placées aux quatre coins du pays. On y retrouve les données des différents polluants que sont les PM10, PM2.5, O3, NO2, CO, SO2, BC.

Les polluants sont à la fois des gaz et des particules qui peuvent avoir un impact sur système vasculaire et pulmonaire, selon votre état de santé ou votre âge.

Les particules

Les particules, PM dans le jargon scientifique, pour particulate matter, accompagnées d’un chiffre donnant la taille des particules en micromètres. Pour donner un ordre de grandeur, la taille d’un cheveu correspond à environ 40 microns.

Plus ces particules sont petites, plus elles entreront dans les poumons. Les PM2.5 sont donc plus nocives que les PM10. Les sources sont la circulation automobile, les systèmes de chauffage, l’industrie et enfin les épandages d’engrais (ammoniac qui se dégrade en particules les jours qui suivent l’épandage).

Les gaz

Ceux que l'on retrouve le plus souvent sont donc repris sur ces sites sont les NO2 (dioxyde d’azote), O3 (ozone), CO (monoxyde de carbone) et le SO2 (dioxyde de soufre). Concernant le CO et le SO2, en Europe de l’Ouest, les seuils de pollution ne sont plus jamais dépassés (depuis une trentaine d’années) puisqu’ils sont issus de la combustion du charbon.

Selon les saisons ces différents polluants sont plus présents dans l’air nous explique Cathy Clerbeaux, professeure en sciences du climat et de l’atmosphère à l’ULB : "En fonction des saisons, c’est l’un ou l’autre qui va être important. On n’a jamais tout le monde en même temps, parce que les phénomènes qui les produisent ne sont pas les mêmes ".

Par exemple en matière d’ozone, il faut qu’il fasse beau et chaud : " en hiver nous n’aurons jamais de pics d’ozone ".

Le NO2 (dioxyde d’azote) est lui lié au trafic automobile. " C’est celui qu’on a vu chuter lors du confinement ", nous explique cette spécialiste. Le NO2 a tendance à s’accumuler en hiver, il n’y aura donc pas de pic en été.

Quant aux particules fines, elles sont présentes toute l’année, mais de façon plus importante en hiver.

Pics de pollution

Pour qu’il y ait des pics de pollution, il faut d’abord une concentration de polluants élevés et que les masses d’air restent au-dessus d’un endroit (pas de vent ni de pluie).

Les valeurs de référence

Les valeurs de référence nous permettent de comparer les données fournies par ces sites avec les normes européennes, que la Belgique doit respecter, et les normes de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) qui sont les plus restrictives.

C’est lorsqu’on dépasse ces normes édictées au niveau de l’Europe que l’on va donner des alertes, soit d’information à la population ou des recommandations ", nous dit Cathy Clerbeaux. Les seuils d’informations sont dépassés plusieurs fois par an, ils permettent d’avertir les citoyens qu’un pic de pollution pourrait avoir lieu si des mesures ne sont pas prises (limitation de la vitesse sur les autoroutes, etc.).

Quand faut-il s’inquiéter ?

Comme cela était expliqué au début de cet article, les sites qui proposent d’analyser la qualité de l’air proposent tous un indice. Pour prendre un exemple, celui proposé par Wallonair tient compte pour son calcul que des quatre valeurs suivantes : PM10, PM2.5, O3 et NO2.

Cathy Clerbeaux explique : " ceux qui ont le plus grand impact sur la santé ce sont les PM, les particules fines, et plus elles sont petites plus c’est dangereux. Ensuite viennent en dessous l’O3 (ozone) et le NO2 (dioxyde d’azote). Les autres ne dépassent plus jamais les seuils. Mais en Chine, par exemple, il faut tous les surveiller ".
Mais surtout, cette spécialiste conseille de ne tenir compte que des valeurs moyennes de la journée ou au moins quelques heures : " il y a toujours des pics lorsqu’il y a du trafic automobile… ".

Traduction, les valeurs rouges observées aujourd’hui à Marchienne et Ste-ode ne sont pas trop inquiétantes, car elles constituaient surtout des pics : la moyenne de la journée, elle, reste ne dessous des valeurs d’alerte.

Comparer les valeurs données par les différents sites aux normes OMS est une bonne chose pour cette spécialiste. " Les références de l’OMS sont très sévères. Je pense que l’Europe va s’aligner à ces normes un jour ou l’autre ".

Pour comprendre ce dernier point, la professeure en sciences du climat et de l’atmosphère explique que la pollution diminue. On en parle de plus en plus, mais si l’on regarde les courbes de ces dernières années elle est en baisse et cela notamment par ce qui a été imposé au niveau de l’industrie automobile. " Mais à côté de cela, on connaît aussi mieux son impact sur la santé " précise-t-elle.

Il y a 10 ans on vivait dans une atmosphère bien plus polluée. Personne ne se rend compte de ça ".

Ce qui expliquerait que les valeurs actuelles utilisées en Europe s’aligneront avec celles de l’OMS : " et parce que d’ici quelques années on pourra se le permettre, parce qu’on sera en dessous ".

 

Extrait de notre JT du 12 septembre sur la mise en place de Wallonair

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