150 sans-papiers priés d'évacuer l'immeuble qu'ils occupent à Molenbeek

Le bâtiment occupé devra être évacué le 15 septembre
Le bâtiment occupé devra être évacué le 15 septembre - © RTBF

Ils sont environ 150, pour la plupart originaires d'Afrique sub-saharienne ou du Maghreb. Ils sont déboutés du droit d'asile en Belgique, où ils vivent sans papiers. Depuis deux ans, ils occupent une maison de repos désaffectée du Boulevard Léopold II à Molenbeek. Le 15 septembre, ils devront quitter le bâtiment. Un ingénieur mandaté par la commune a relevé des problèmes de stabilité qui mettent la sécurité des occupants en danger. Un autre ingénieur, à la demande des sans-papiers, a déposé des conclusions en sens contraire, sans parvenir à infléchir la décision de la bourgmestre, Françoise Schepmans, qui maintient son arrêté d'inhabitabilité.

Une expulsion politique?

Dans l'immeuble, on trouve des hommes, souvent malades, des femmes, parfois enceintes, et des enfants, scolarisés dans le quartier. Ils bénéficient du soutien des syndicats FGTB et CSC, du MRAX et de nombreuses associations, sans parler de citoyens à titre individuel. Le secrétaire général de la FGTB, Jean-François Tamellini, était présent ce vendredi à Molenbeek. Il s'agit à ses yeux "d'une expulsion politique, non pas liée à d'autres aspects puisque on dit que le bâtiment est insalubre, ce qui n'est pas le cas. Nous sommes prêts, nous syndicats et associations, à aider pour de petites rénovations. Mais on voit qu'il y a une volonté politique de les exclure et donc nous y sommes ici pour exprimer notre solidarité aux travailleurs sans papiers."

Aboubakr exprime toute la précarité des occupants du bâtiment, contraints de se contenter d'expédients et de travail non déclaré pour survivre : "Ça fait deux ans que nous sommes là et que nous nous battons pour nos droits, vraiment très très difficilement. Les délais que la bourgmestre nous a donnés pour quitter le bâtiment étaient tellement courts, parce que nous étions en pleine période de vacances et que nos soutiens habituels n'étaient pas là, que nous n'avons pas pu trouver de solution de relogement."

Nous parlons ensuite avec un autre sans-papiers. Il est venu en Belgique par bateau de Mauritanie. En montant à bord, il ne connaissait pas sa destination finale. Il savait seulement qu'il se rendait en Europe et est arrivé au port d'Anvers. Pour subsister, il travaille au noir dans l'Horeca. Il cuisine et nettoie 6 heures par jour en échange d'un salaire de... 20 euros.

La sécurité prime

Pour la commune de Molenbeek, il n'est pas question d'une expulsion politique. La bourgmestre (MR) Françoise Schepmans se retranche derrière le rapport d'un ingénieur en stabilité "qui constate une dégradation importante du bâtiment pouvant causer des accidents et donc il en va de la sécurité de ses occupants. Des rencontres avec les occupants et des associations ont été organisées au mois de juillet pour bien les informer de la situation, pour leur dire qu'ils avaient tout l'été pour s'organiser. Nous les avons encore revus il y a quinze jours et nous avons confirmé notre volonté de faire évacuer le bâtiment. Aujourd'hui, ces personnes estiment que le bâtiment offre suffisamment de garanties pour pouvoir s'y maintenir", conclut la bourgmestre.

Le CPAS de Molenbeek se dit prêt à trouver des solutions de relogement pour les familles avec enfants et les femmes enceintes. Mais pour les hommes célibataires, la commune affirme ne disposer d'aucune alternative pour les reloger.

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