Dix ans après la mort de Sadia Sheikh, les mariages forcés restent une réalité, mais la société est plus vigilante

Sadia, souriante et pleine d'énergie. L'image qu'elle a laissé à tous ses proches
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Sadia, souriante et pleine d'énergie. L'image qu'elle a laissé à tous ses proches - © Tous droits réservés

Il y a dix ans, la mort de Sadia Sheikh, tuée par son frère car elle refusait un mariage forcé, a créé un séisme parmi ses anciens professeurs de secondaire. Sadia avait fréquenté l'Athénée Vauban à Charleroi. Une grande école aux couloirs labyrinthiques et au public plutôt privilégié. "C'est un des éléments qui m'a secoué", explique Valérie Wynant, ancienne professeure de français de Sadia. "On ne s'est jamais dit que ça pouvait arriver ici. Et Sadia ne nous a pas aidé à comprendre. Elle était tout le temps pleine d'énergie. Un vrai rayon de soleil."

Les choses ont commencé à mal tourner fin de rhéto. Des copines de classe l'ont hébergée pour qu'elle reste à l'abri de sa famille. Ce n'est que deux ans plus tard que Sadia a accepté de reprendre contact avec eux. Elle tombe alors dans un piège. Son frère l'attend et la tue de trois coups de revolver.

"Son frère nous l'avons eu ici aussi comme élève", rappelle Pierre Leblond, professeur de géographie. "Un élève gentil, à qui nous n'avions rien à reprocher." Alors à l'annonce de la mort, les professeurs se sont forcément remis en question. La culpabilité, le remord de n'avoir rien vu venir. Pourtant, l'école n'est pas à pointer du doigt. Les éducateurs avaient perçu le problème et quand Sadia se cachait chez ses copines, l'école a organisé des examens personnels pour Sadia. Pas en même temps que les autres élèves pour que sa famille ne puisse pas la trouver. Reste que les professeurs auraient aimé faire plus.

D'autres cas de mariages forcés dans la même école

Depuis Sadia, les professeurs ne se contentent plus d'enseigner. Il y a des animations, de la sensibilisation. "Et il nous est arrivé de rencontrer d'autres cas de mariage forcé", raconte Valérie Wynant. "Mais on a pu interpréter plus rapidement les signes. La jeune fille pleurait et parlait d'un départ bientôt. On s'est mis en contact avec des associations spécialisées et ça a marché. On a pu éviter le mariage en dialoguant avec la famille."

L'école collabore aussi avec La Maison Plurielle à Charleroi. L'association accueille les victimes et organise des ateliers avec les classes. En mai et juin dernier, l'association a encore accueilli six nouvelles victimes, rien que sur Charleroi. Les mariages forcés restent une réalité "et pas seulement dans la communauté musulmane", précise Clémentine Cuvelier de la Maison Plurielle. "C'est plus une question de coutumes que de religions. On a des cas chez des Siciliens ou des Russes." La mort de Sadia, même si elle n'a aucun sens, aura au moins servi à ça : améliorer la vigilance des écoles et de la société pour sauver d'autres jeunes filles.

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