Procès de la secte OKC devant la justice bruxelloise: deux générations face à face

Le procès qui s'ouvre ce lundi à Bruxelles devrait se dérouler sans la présence du fondateur de l'OKC, retranché en Espagne.
Le procès qui s'ouvre ce lundi à Bruxelles devrait se dérouler sans la présence du fondateur de l'OKC, retranché en Espagne. - © Flickr - isamiga 76

Cette communauté d’inspiration bouddhiste aux dérives sectaires, c'est la communauté OKC (Ogyen Kunzang Chôling), principalement basée à Bruxelles. Son fondateur est accusé d'escroqueries diverses, de séquestration, et d'abus sexuels sur mineurs.

La communauté Ogyen Kunzang Chôling a été créée début des années 70. A l'époque, elle séduit des couples, des familles, à la recherche d'une vie spirituelle inspirée par la sagesse bouddhiste. Une vie plus proche de la nature.

Robert Spatz, le fondateur, parvient même à les convaincre de laisser vivre leurs enfants au monastère de la communauté, dans le sud de la France. Alors, qu'eux, les parents travailleront à Bruxelles, où se trouve le siège d'OKC. Les enfants grandiront coupés du monde. Aujourd'hui, ils ont une trentaine d'années. De cette enfance à l'écart de la société, ils gardent des traumatismes profonds, le souvenir des mauvais traitements, des abus.

En 1997, des perquisitions auront finalement lieu à Bruxelles et dans le monastère de Castellane. Robert Spatz est arrêté. L'instruction pénale va durer 18 ans. Robert Spatz ne devrait pas assister au procès. Il vit désormais retranché en Espagne et (officiellement) son état de santé ne lui permettrait pas de se déplacer.

Au procès : deux générations face à face

L'image forte de la première journée de procès au tribunal correctionnel de Bruxelles, c'était la dizaine de trentenaires côte à côte au premier rang. Des enfants des premiers adeptes, qui viennent dénoncer la communauté dans laquelle ils ont grandi.

Sur le banc d'en face, les prévenus de l'âge de leurs parents. Mais le fondateur d'OKP est absent, or c'est lui que les parties civiles souhaitent voir au tribunal.

L'un des prévenus explique " j'ai aimé le retour à la nature, la vie simple et collective que proposait Robert Spatz. " C’était la génération de mai 68. Et le prévenu décrit l'abandon des revenus à la communauté, les fêtes, la vie et le travail en collectivité. De ses 40 ans de vie dans la communauté, il n’a pas un regret, "je referais les mêmes choix si c'était à refaire".

Marc Preumont, l'un des avocats des parties civiles, s’étonne : " Là le cerveau a été lavé et est toujours dans le même état qu'à l'époque... Voilà quelqu'un qui est resté ancré dans sa révérence faite au gourou... il est toujours dans cette soumission. Et c'est assez spectaculaire d’en arriver à admettre que, par exemple,  le 'Lama' s’achète des Porche ou Land Roover avec les dons, nominatifs bien-sûr, qui sont faits. C'est tout de même incroyable que le prévenu qu'on a entendu n'ait pas de regard critique sur ces dons au gourou, il trouve que tout ça est naturel".

Le "Lama ", Robert Spatz, a acquis des voitures de sport, deux bateaux, une piscine construite par les adeptes mais utilisée principalement par lui, des biens immobiliers que les adeptes rénovaient bénévolement ou moyennant revenu...qu'ils rendaient à la communauté. Leurs enfants étaient élevés dans un monastère en France, sans leurs parents. Pour la défense, ce procès, c'est en quelque sorte un conflit de générations. 

"Ce sont deux conceptions qui s’opposent" explique Quentin Wauters, avocat de Robert Spatz, "celle des adultes et celle des enfants qui peut-être pour certains n’ont pas accepté le mode d’éducation voulu par leurs parents, tout comme ici en Europe des enfants vont vivre très mal le fait d'aller en internat pendant 6 ans." A ses yeux, Robert Spatz est innocent? " Il n'y a eu ni abus, ni infractions et nous nous en expliquerons sur tout cela quand le Président du Tribunal nous donnera la parole à ce sujet".

Le prévenu principal, Robert Spatz, doit répondre d'abus précis, financiers et sexuels. Mais en filigranes, les anciens enfants du monastère veulent comprendre leurs séparations familiales et en faire reconnaitre la souffrance.

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