Une jeune Camerounaise attend désespérément un visa pour se faire opérer à Bruxelles

Rokia (prénom d'emprunt) est une jeune femme camerounaise de 30 ans qui prépare un doctorat dans son pays. A la suite de problèmes de santé, un médecin lui diagnostique un anévrisme postéro-carotidien. Cette pathologie grave nécessite une opération d'urgence, l'anévrisme risquant à tout moment de se rompre et de causer le décès de la patiente. 

Une opération prévue à Erasme

Rokia a de la famille en Belgique : une soeur médecin et un cousin infirmier. Ce sont eux qui se portent garants financièrement et prennent les contacts pour organiser l'opération chirurgicale. Un médecin de l'hôpital Erasme accepte d'opérer la jeune femme. Il dispose d'un plateau technique et du temps nécessaire malgré la crise du coronavirus. 

N'étant pas couverte par une mutuelle en Belgique, Rokia doit payer une somme importante à l'hôpital, bien que le praticien ne demande pas d'honoraires. La famille se met d'accord avec Erasme pour verser un acompte de 10.000 euros et pour régler le solde après l'opération. Rokia réserve un billet d'avion pour le 20 avril. Il ne lui manque plus que le visa indispensable pour se rendre en Belgique. 

Visa refusé deux fois

C'est là que ça coince. La demande de visa pour court séjour est rejetée par l'Office des Etrangers. Trois raisons sont invoquées :

"- L'objet et les conditions du séjour envisagés n'ont pas été justifiés;

- vous n'avez pas fourni la preuve que vous disposez de moyens de subsistance suffisants pour la durée du séjour envisagé (...);

- il existe des doutes raisonnables quant à votre volonté de quitter le territoire (...) avant l'expiration du visa". 

Un recours gagné

L'avocat de Rokia, Maître François Haenecour, introduit un recours en extrême urgence devant le Conseil du Contentieux pour Etrangers. Ses arguments sont entendus et le CCE ordonne à l'Office des Etrangers de produire une nouvelle décision dans les deux jours. Nous sommes alors le 28 mars. 

L'Office des Etrangers persiste dans sa position de refus. La deuxième décision reprend à quelques détails près les arguments de la première. L'avocat pourrait introduire un nouveau recours, avec de bonnes chances de l'emporter à nouveau. Et l'Office des Etrangers pourrait à son tour reprendre la même décision de refus, autrement motivée. Un carrousel sans fin alors que, pour Rokia, l'heure tourne. 

La position de l'Office des Etrangers

L'Office des Etrangers ne conteste ni l'urgence médicale, ni le fait que l'opération ne peut pas se dérouler au Cameroun, faute d'un équipement médical adéquat. Ce que craint surtout l'administration, c'est que la jeune femme ne retourne pas dans son pays au terme de l'opération. 

Pour justifier ses craintes, l'Office se base sur la situation personnelle et familiale de la jeune femme. Elle n'est pas mariée, n'a pas d'enfants, pas de travail et ne dispose ni de propriété ni de fortune au Cameroun, bref rien qui la rattache de manière impérieuse à son pays natal. 

A l'inverse, estime l'Office, la présence en Belgique de membres de sa famille augmente les risques que Rokia tente de rester sur notre territoire une fois rétablie. Enfin, l'Office des Etrangers souligne que les ressortissants camerounais ne peuvent plus voyager à l'étranger à cause de la crise sanitaire et qu'en tout état de cause, Rokia n'aurait aucun moyen de rejoindre Bruxelles, où elle serait de toute façon placée en quarantaine pendant deux semaines.

Des arguments contestés

L'avocat de la jeune femme conteste bien entendu le point de vue de l'administration. Si Rokia n'avait pas eu d'attaches familiales en Belgique, l'Office des Etrangers aurait pu refuser le visa pour absence de prise en charge financière. 

En outre, Rokia a déjà voyagé en Europe. Elle s'est rendue en Italie pour rendre visite à sa soeur et a étudié un an en Grande-Bretagne. A chaque fois, elle est rentrée au Cameroun. C'est attesté par des éléments versés au dossier.

Concernant l'impossibilité de voyager, François Haenecour insiste sur le fait qu'il s'agit d'une exception pour raison humanitaire et que Rokia dispose d'un billet d'avion (le vol du 20/04 a été annulé) pour un vol entre Yaoundé et Bruxelles (via notamment le Nigéria et l'Ethiopie) pour le 24/04. En tout état de cause, la question du voyage n'est pas du ressort de l'Office, estime Maître Haenecour.

Celui-ci espère que l'Office des Etrangers revoie sa position et délivre le précieux visa à sa cliente. C'est pour lui une question de vie ou de mort. 

Le médiateur fédéral s'en mêle

Saisi par l'avocat de Rokia, les services du Médiateur fédéral ont invité l'Office des Etrangers à délivrer le visa. Il s'agit d'une recommandation, le médiateur fédéral n'ayant pas autorité sur les administrations. 

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