Une enquête dénonce du harcèlement systématique en sciences dentaires à l'ULB

C’est un document de 97 pages, glaçant, terrible. Il relate le vécu des étudiants en sciences dentaires de l’ULB sur le Campus Erasme à Anderlecht. Un noyau de professeurs et d’assistants se livrent systématiquement au harcèlement moral, exercent des pressions psychologiques sur certains étudiants, insultent, crient, briment, frappent même, parfois. En BAC 3 (la 3e année d’étude), 60% des étudiants interrogés déclarent avoir "souvent" été victimes de mauvais traitements.

Un climat malsain

L’enquête a été réalisée par le bureau des étudiants en médecine (les sciences dentaires dépendent de la Faculté de Médecine) à partir d’un questionnaire destiné à l’origine aux médecins stagiaires dans le cadre d’un travail de fin d’études. Outre des chiffres, l’enquête tente de cerner au plus près la nature des faits dont se plaignent les étudiants en dentisterie. Et ce qu’on y lit dépasse l’entendement. "Le professeur xxxxx m’a déjà donné des coups de poing dans le bras parce que j’avais une mauvaise position", décrit un.e étudiant.e. "Ce même professeur m’a à plusieurs reprises agressé physiquement au visage juste parce que j’avais légèrement effleuré la patiente avec l’aspiration." Devant un patient, un professeur dit à un étudiant : "Si tu touches la turbine avec l’aspiration, je te shoote dans le tibia".

Des propos dénigrants et même racistes

Régulièrement, des assistants et des professeurs dénigrent des étudiants, les menaçant de les faire échouer ou leur conseillant d’abandonner la dentisterie. "La violence psychologique est très présente pour dissuader les élèves de continuer", relève un étudiant. Rencontrée sur le campus, cette étudiante va jusqu’à parler d’un "numerus clausus un peu caché" : on s’arrange pour ne faire réussir que le nombre d’étudiants de 3e BAC correspondant au nombre de places disponibles en "clinique" en Master 1.

Des étudiants se plaignent de propos racistes. "Les Africains se ressemblent tous", "Les Africains sont lents", "De toute façon, un Arabe ça ne peut pas se servir de ses mains", figurent parmi les propos rapportés dans l’enquête.

Le rectorat ordonne une enquête

Depuis ce lundi, le rectorat de l’ULB est au courant de l’existence de cette enquête. Il a décidé de confier à deux vice-recteurs le soin de faire toute la lumière sur ce qui se passe en dentisterie et de suggérer des mesures pour remédier à la situation. A aucun moment, le porte-parole du recteur n’a tenté de minimiser la gravité des faits ou de mettre en cause la crédibilité des témoignages recueillis auprès des étudiants. "Normalement, il existe des procédures pour tirer la sonnette d’alarme", explique Nicolas Dassonville, collaborateur du recteur. "Si elles n’ont pas fonctionné, c’est sans doute qu’il faut les revoir."

Laissons le mot de la fin à notre étudiante rencontrée sur le campus. Éprouve-t-elle des regrets de s’être inscrite en sciences dentaires à l’ULB ?

"Que ce soit moi ou beaucoup de gens que je connais, je sais qu’il y a énormément de regrets d’avoir fait ce choix. On regrette pour la plupart d’être venus à l’ULB. Et il y en a beaucoup qui en sont au point de regretter d’avoir fait (sciences) dentaires, parce que l’ULB ne nous fait pas aimer cette filière en tout cas."

 

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