"Weeder": un réseau d'"amis" ou une application pour trouver du cannabis?

L'application situe en temps réel, via leurs symboles, des personnes qui proposent des conseils, des "dépannages". Du "partage" dit l'appli, une pratique "illégale et dangereuse" pour faciliter la consommation de cannabis, dit le parquet
L'application situe en temps réel, via leurs symboles, des personnes qui proposent des conseils, des "dépannages". Du "partage" dit l'appli, une pratique "illégale et dangereuse" pour faciliter la consommation de cannabis, dit le parquet - © Weeder

Après Uber pour se déplacer ou Airbnb pour se loger.... Une nouvelle application qui se revendique de "l'économie partagée" est apparue début janvier à Bruxelles: Weeder. Dans "Weeder", on entend "Weed", "herbe" en anglais. Et les créateurs de l'application la décrivent comme "une application d'entraide entre fumeurs. Si tu as besoin d’une clope, d’une feuille ou d’un grinder, tu peux enfin trouver quelqu’un en deux clics, à côté de chez toi, prêt a te dépanner." 

Ces pourvoyeurs de "dépannages" sont situés en temps réel, sur une carte interactive de Bruxelles.  Et ils sont cotés pour le degré de confiance que l'on peut leur accorder. Chacun des membres, ceux qui proposent des "dépannages" entre fumeurs comme ceux qui les recherchent se voit garantir l'anonymat.

Cela ressemble furieusement à une application pour trouver facilement du cannabis.

Le parquet de Bruxelles menace, les créateurs de l'appli démentent.

Faciliter l'usage de stupéfiants est répréhensible

Cette application existait déjà en France, à Nantes, Lyon, Bordeaux et Paris.

A Bruxelles, elle n'a pas plu au Parquet, piqué au vif par ce qui est apparu comme un marché sans complexe. 

"Je tiens à rappeler que la détention de cannabis reste interdite par la loi" commente Denis Goeman, porte-parole du Parquet, "et deuxièmement, le terme "dépannage", fréquent sur l'application, est un terme souvent utilisé par des vendeurs de stupéfiants. Et il est répréhensible: il s'assimile à de la facilitation d'usage de stupéfiants ainsi qu'à de la vente. Des peines de prison ainsi que des amendes sont prévues."

Et le parquet de Bruxelles avertit: les concepteurs du site, hébergé en France, pourraient aussi être passibles de poursuites.

"Le simple fait de faciliter la consommation de stupéfiants ou de mettre en contact des personnes dans ce cadre-là est répréhensible, donc nous envisagerons évidemment toutes les poursuites nécessaires."

Rien d'illégal, un malentendu

Les créateurs de l'application, contactés, se disent surpris par la tournure de leur réseau en Belgique. Non, il ne s'agit pas de faciliter la consommation de cannabis, se défendent-ils. "Weeder", ce n'est pas une référence directe au cannabis, disent-ils, mais plutôt un nom de ralliement pour une communauté virtuelle dans laquelle le cannabis est une référence parmi beaucoup d'autres.

"L'idée, c'était de fédérer une communauté avec des gens qui nous ressemblent" nous explique l'un des créateurs de l'application, anonyme, "des gens nés comme nous dans les années 90, avec les mêmes valeurs, les mêmes références musicales et télévisuelles... des gens à qui, quand on arrive dans une autre ville, on peut demander des petits tuyaux, des coups de mains, des conseils, une cigarette, en confiance parce qu'on se ressemble et qu'on fait partie d'une même communauté. Et c'est tout. Je le dis clairement: tous les comportements qui dévient de la légalité sont bannis de Weeder. Le trafic de cannabis n'est clairement pas notre objectif".

Le jeune français ne nie pas que le cannabis fasse partie de ce socle de "culture" décrit, mais dément formellement que ce soit le but de son réseau. Auraient-ils été mal compris par le parquet? Et par des membres Bruxellois, attirés par le "Weed" et l'appellation "communauté de fumeurs"? Au minimum, ces mots sont ambigus.

S'ils veulent assurer la longévité de leur application à Bruxelles, une clarification de leur identité et objectifs sera sans doute indispensable.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK