Un enseignant de Molenbeek écarté pour avoir montré une caricature "indécente" demande sa réintégration

Un enseignant suspendu de l'école 11 de Molenbeek demande sa réintégration
Un enseignant suspendu de l'école 11 de Molenbeek demande sa réintégration - © Droits réservés

Fin octobre, la bourgmestre de Molenbeek, Catherine Moureaux, reçoit des plaintes de parents d'élèves de l'école communale n°11 "Aux sources du gai savoir", accompagnés par un conseiller communal de son parti, le PS. Un professeur de CPC (cours d'éducation à la philosophie et à la citoyenneté) est accusé d'avoir montré en classe de 5e primaire des caricatures du Prophète Muhammad. 

Une question de décence pour la commune

Ce n'est pas cela que le pouvoir organisateur communal reproche à l'enseignant mais d'avoir montré, sur sa tablette, un dessin représentant le Prophète les fesses à l'air et les parties génitales apparentes à des enfants d'une dizaine d'années. C'est donc l'indécence de la démarche que fustige la commune, pas le fait d'avoir exhibé une caricature du Prophète de l'Islam en tant que telle.

"Pour le collège, en aucun cas, personne n’a à montrer à des enfants de 10 ans les organes génitaux de qui que ce soit. C’est la seule raison pour laquelle une procédure est ouverte", twitte Catherine Moureaux en réponse au président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui dénonce une atteinte à la liberté d'expression. 

La commune suspend préventivement l'enseignant sur le champ. Ancien professeur de religion protestante, l'homme est aujourd'hui très abattu et ne souhaite pas s'exprimer publiquement, nous explique Maître Jean Bourtembourg, son avocat. 

Une grosse faute de procédure

L'enseignant compte en tout cas reprendre ses fonctions sans tarder. Pour son avocat, la commune de Molenbeek s'est pris les pieds dans le tapis de la procédure. Le statut des enseignants prévoit en effet que la procédure de suspension préventive doit être entamée dans les dix jours ouvrables sous peine d'être caduque. Cela implique, toujours selon Jean Bourtembourg, que le professeur soit entendu dans les 10 jours ouvrables à dater des faits à l'origine de la suspension, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Dès lors, non seulement la suspension préventive est nulle, mais en outre le professeur ne peut plus être resuspendu pour les mêmes faits. 

Qui plus est, la décision de suspension préventive a été prise par la directrice de l'enseignement de la commune et non par le collège, comme le prévoit le statut. Le fait que le collège ait validé a posteriori la décision de l'administration n'est pas de nature à réparer ce vice de procédure, estime le conseil du professeur de CPC. Jean Bourtembourg a donc écrit à la bourgmestre pour lui notifier l'intention de son client de reprendre ses fonctions sans délais. 

Quant à la procédure disciplinaire que Molenbeek compte ouvrir à charge de l'enseignant, son avocat compte demander la publicité des débats (la règle prévoit que les procédures disciplinaires envers le personnel statutaire des communes se déroulent à huis-clos) pour défendre sa version des faits : un petit noyau de parents fondamentalistes relayé par quelques élus a fait pression sur la bourgmestre pour mettre à l'écart un enseignant exemplaire. Ce dossier semble donc loin d'être clos. 

 

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