Sept ans de prison pour avoir séquestré son épouse pendant un an

Il voulait la préserver du regard des hommes.
Il voulait la préserver du regard des hommes. - © BRUNO FAHY - BELGA

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné, vendredi matin, Abderrahim B. à une peine de sept ans de prison pour séquestration, traitement dégradant, menace et harcèlement sur son épouse, S.J., dès leur mariage en novembre 2018 jusqu'en novembre de l'année suivante.

Abderrahim B., qui a été condamné en 2007 pour le meurtre de sa première épouse, interdisait à S.J. de sortir de leur appartement et la contraignait à faire ses besoins dans une bassine car les toilettes se trouvaient sur le palier, où elle aurait pu croiser le regard d'autres hommes.

Une patrouille de police avait été alertée, le 5 novembre 2019, par une femme qui appelait à l'aide depuis le troisième étage d'un immeuble de l'avenue Rogier, à Schaerbeek. Comme elle criait et pleurait, la police a enfoncé la porte de l'appartement, qui était fermée à clef. Les policiers ont alors constaté que la femme était enfermée contre sa volonté et qu'elle devait faire ses besoins dans une bassine.

L'enquête a permis de comprendre que la victime était analphabète et qu'elle était mariée à un homme, rencontré au cours d'un voyage au Maroc, depuis novembre 2018. Ce dernier, Abderrahim B., avait été condamné en septembre 2007 par la cour d'assises de Bruxelles à 15 ans de prison pour le meurtre de sa première épouse. Il avait été libéré anticipativement, sous conditions.

Selon le témoignage de S.J., son mari disait vouloir la préserver du regard des hommes. Il l'a obligée à se voiler complètement, à regarder le sol si elle croisait un homme et à ne parler à personne. Il la séquestrait la plupart du temps dans leur appartement, où il avait occulté les fenêtres. Elle a déclaré qu'elle était obligée de faire ses besoins dans une bassine car son mari ne voulait pas qu'elle sorte de l'appartement pour se rendre aux toilettes, qui se trouvaient sur le palier. Elle a précisé que son mari ne l'avait giflée qu'à une reprise.

La victime ne pouvait pas sortir de l'appartement

L'enquête de voisinage a permis de recouper le récit de la victime. Une personne a déclaré avoir observé un jour qu'une femme, sur le balcon de l'appartement, était ramenée à l'intérieur par un homme qui la tirait par les cheveux. Des habitants de l'immeuble ont dit avoir entendu des disputes et des cris provenant de cet appartement. Une autre personne encore avait signalé à la police, plusieurs semaines avant l'intervention du novembre 2019, une femme qui appelait à l'aide depuis les fenêtres.

S.J. a été prise en charge par le Samusocial et hébergée dans un nouveau logement, en sécurité. Mais le 4 février 2020, alors qu'elle se rendait au CPAS de Schaerbeek, elle a été importunée par son mari, libéré sous la condition de ne pas approcher son épouse. Celui-ci lui a demandé de revenir habiter avec lui, l'a menacée puis l'a appelée sans cesse par téléphone.

"Certains éléments de la personnalité de monsieur Abderrahim B. sont inquiétants. Il a agi en état de récidive, a usé de manipulation psychologique pour annihiler toute possibilité pour son épouse d'avoir une vie personnelle épanouie, dans et en dehors de leur relation", a souligné le tribunal, qui a condamné le prévenu à sept ans d'emprisonnement, évoquant des "conséquences dramatiques à craindre" des agissements de celui-ci.

Le tribunal a accordé des dommages et intérêts d'un montant de 7.500 euros à la victime, défendue par Me Mehdi Abbes.

 

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