Saint-Gilles : un collectif démonte une installation anti-SDF

C'est un endroit très fréquenté à la gare du Midi. Un vaste tunnel éclairé où passent plusieurs lignes de bus et trams de la STIB, où des taxis y attendent leurs clients et où les piétons traversent pour passer d'un quartier à l'autre.

Jusqu'il y a quelques mois, le lieu était aussi connu pour accueillir pas mal de SDF (sans-abris ou migrants en transit) qui venaient s'abriter et passer la nuit. En décembre 2016, un homme de 42 ans est retrouvé mort dans ce passage, décédé par hypothermie. Quelques jours plus tard, le 12 janvier 2017, la chancelière allemande Angela Merkel effectue une visite à Bruxelles. Elle débarque à la gare du Midi où la police fait évacuer, avant sa sortie, tous les SDF qui se trouvaient dans le tunnel. Mais ils reviennent bien vite et dans la foulée, en mars, des barrières métalliques sont placées. Elles empêchent désormais l'accès à la zone où les sans-abris dormaient.

"Une décision de la commune de Saint-Gilles", dénonce celui qui mène un collectif citoyen opposé à ce type de dispositif anti-SDF. "C'est la STIB qui les a placées, mais la décision vient de la commune qui en avait marre de voir des SDF sur place".

Démonté pour la deuxième fois

Dans la foulée, le collectif citoyen mène une première action sur place au mois de mai de cette année afin de retirer les barrières. Des barrières qui ont ensuite été replacées. D'où cette nouvelle opération démontage. "On veut vraiment mettre la pression sur les politiques et montrer qu'on ne lâche pas", lance le responsable de l'action. "C'est encore plus important en cette période d'élections communales. On veut montrer au bourgmestre de Saint-Gilles qu'il doit changer sa politique d'accueil et de traitement de ceux qui sont les plus fragiles".   

L'objectif du collectif est d'obtenir une réaction des pouvoirs publics. "Nous voudrions que les communes, mais aussi la STIB ou encore Infrabel pour les chemins de fer et les Tec arrêtent d'installer des dispositifs anti-SDF. On dirait qu'il existe une imagination presque infinie des constructeurs en la matière. Si on parvient à ce que ces organismes interdisent ces pratiques dans leurs futurs chantiers, ce sera déjà une partie du chemin. Liège vient d'ailleurs de prendre une décision de ce genre. Si d'autres suivent, on pourra alors tenter d'imposer aussi ces règles pour les privés".  

D'autres dispositifs à Bruxelles

Les barrières de la gare du Midi ne sont pas les seuls "aménagements" qui ont été faits à Bruxelles pour éloigner les sans-abris de certaines zones. A Ixelles par exemple, un Delhaize a placé en 2017 d'énormes panneaux sur des renfoncements de murs où des SDF avaient l'habitude de venir dormir la nuit pour se protéger du vent.  

Le collectif dénonce aussi les barrières de fer qui ont été déployées à la gare de Bruxelles-Chapelle, sur le territoire de la Ville de Bruxelles. Un espace couvert offrait auparavant un lieu à l'abris des intempéries aux SDF. Mais depuis des mois, on ne peut plus le traverser. Selon le collectif d'action, "les chemins de fer avaient communiqué en disant qu'il allaient utiliser l'espace pour stocker du matériel. Mais aujourd'hui, lorsqu'on regarde à l'intérieur, on voit qu'il est complètement vide. Et cela depuis le début. Pour nous, c'est clair, le seul but de l'installation était d'éloigner les sans-abris".

Il y a aussi ce tunnel pour piétons et vélos, lui aussi situé près de la Gare du Midi. Il relie la rue des Vétérinaires à l'Avenue Fonsny à Saint-Gilles. En juillet de cette année, la commune a fait évacuer une trentaine de personnes qui avaient trouvé refuge sur place depuis plusieurs mois.

Dans la foulée de cette évacuation, il a été demandé à Infrabel de placer un dispositif pour empêcher l'accès de part et d'autres du tunnel.

Citons encore une histoire de douchettes installées à l'été 2017 devant le musée des égouts sur le territoire de la Ville de Bruxelles. Officiellement, elles étaient là pour arroser des fleurs et plantes en contrebas, sauf que ces douches aspergeaient aussi un espace sur lequel des SDF avaient l'habitude de venir s'installer. L'échevine en charge de la culture a toujours nié qu'il s'agissait d'un dispositif pour éloigner les sans-abris. Depuis la polémique, l'installation ne fonctionne plus, mais des barrières ont pris place devant le bâtiment Porte d'Anderlecht et empêchent, de fait, l'accès à l'espace.

Enfin, le syndicat socialiste FGTB a demandé à faire enlever une installation de ce genre devant l'un de ses bâtiments situé rue Saint-Jean à Bruxelles. Un bâtiment que le syndicat loue et sur lequel le propriétaire privé avait fait poser un dispositif empêchant les sans-abris de se coucher ou de s'abriter. La FGTB a affirmé que ce type de dispositif est totalement contraire aux valeurs qu'elle défend.

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