Report des élections en RDC: la diaspora congolaise tendue dans le quartier Matongé

Matongé, quartier de Bruxelles tourné vers le Congo. Les plats, les musiques, les coupes de cheveux rappellent ceux de Kinshasa.

Et les Congolais qui y passent sont en contact étroit avec leurs proches au pays. Ils les soutiennent souvent financièrement. Beaucoup sont opposants au président Joseph Kabila et suivent jour après jour sur internet l'évolution politique du pays. Le report des élections en a énervé plus d'un.

"Quand j'ai entendu ça, j'ai pété les plombs!" réagit un homme, en éteignant la musique congolaise de son magasin pour être sûr de se faire entendre. "Je sais qu'il y a des gens qui vont mourir à cause de cela. Donc ça ENERVE!"

"C'est pas normal, ça doit cesser! ça suffit comme ça!" martèle une passante.

"Les gens en ont marre" dit un autre homme visiblement excédé. "Ils sont en colère, une colère qui est tue depuis longtemps. Ils ne veulent que la démocratie.  Et ils veulent une explication au report des élections...une explication qui pourrait être acceptée.  Or je ne vois pas à l'heure actuelle quelle explication pourrait être donnée. On voit clairement qu'il n'y a aucune volonté de nous amener aux élections".

Dans un salon de coiffure, un homme affirme qu'il ne faut plus rien attendre du processus électoral, qu'il faut que la communauté internationale réagisse. Et dans le cas contraire, se battre, purement et simplement.

Manifester mais sans casse

Une dame glisse discrètement: "on peut demander le départ de Kabila mais sans dégrader Bruxelles au passage... Le vandalisme n'a rien apporté et est vraiment mauvais pour notre image de Congolais et pour le business dans le quartier".

Il faut dire qu'il y a 5 ans, la réélection de Joseph Kabila avait allumé une étincelle ici. Plus d'une semaine d'émeutes à Matongé, avec de la casse et plusieurs centaines d'arrestations. Vu la tension ambiante aujourd'hui et le futur incertain, comment éviter le retour de scènes semblables?

Bea Diallo demande des moyens pour le quartier

Tant que la situation en RDC reste tendue, il sera difficile de limiter l'onde de choc à Bruxelles.

Mais l'échevin de la jeunesse d'Ixelles, Bea Diallo, demande néanmoins à la Région bruxelloise plus de moyens pour la prévention, auprès des jeunes. De quoi, par exemple, développer ou soutenir dans les associations existantes des programmes de sensibilisation aux élections, avec des débats politiques où tous les partis seraient conviés dans une liberté de parole, "pour que ces jeunes choisissent d'aller aux urnes malgré tout, s'ils veulent un changement".

L'échevin ajoute: "rien n'a été vraiment mis en place suites aux émeutes de 2011. Je pense que ces émeutes-là n'ont pas vraiment été prises au sérieux. On s'est dit: 'on a cinq ans jusqu'aux prochaines élections' mais les cinq ans sont passés et on n'a rien mis en place anticipativement".

Le 19 décembre prochain était la date initiale de fin de mandat du président Kabila. S'il reste en poste, ce sera un jour de grande tension au Congo et potentiellement un jour de remous aussi dans ce quartier de Bruxelles.

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