Reloger des sans-abri pour de bon : la mission d'Infirmiers de rue

Tim et Margaux font leur maraude sur leur zone: Bruxelles-midi
Tim et Margaux font leur maraude sur leur zone: Bruxelles-midi - © RTBF

La prévention et la mise en logement. C’est une partie du travail de l’asbl Infirmiers de rue. Ses travailleurs aident des profils en qui plus personne ne met d’espoir… même plus eux-mêmes. Ces personnes cumulent souvent problèmes de santé, de santé mentale et d’hygiène. Nous avons suivi une équipe mardi matin à la gare du midi.

La Tour du midi a encore la tête dans le brouillard. A son pied, Tim, infirmier et Margaux, assistante sociale à l’asbl infirmiers de rue. "Nous avons plusieurs patients en suivi que nous allons voir toutes les semaines, explique l’assistante sociale. Exceptionnellement ici, nous avons deux rendez-vous dans cette maraude. Le premier avec Tadeusz et on ne doit pas être en retard car il est plutôt à cheval sur les horaires." Ce Polonais est à la rue depuis 20 ans.

A leur arrivée dans le hall de la gare, le septuagénaire les attend. "Ça fait longtemps que je ne vous ai plus vu, fait remarquer Tim. Comment ça va vous ?" "Ça a été la nuit au Samu ?", demande Margaux. Le Samusocial, c’est là qu’il passe ses nuits par ce froid hivernal. Mais le but de Tim et Margaux est de lui trouver une solution sur le long terme.

Ils vont prendre un café ensemble. Le temps de discuter pendant trois bons quarts d’heure. "Je trouve que les abris de nuit ferment leurs portes trop tôt, explique Tadeusz dans un français un peu approximatif. On doit y être pour 19h mais c’est le moment où j'ai de l’argent devant le magasin."

Problèmes de santé et sociaux

Tim fait le point sur la santé : il prend la tension et le taux de glycémie. "17.8 de tension, c’est assez haut. Vous êtes sûr d’avoir pris vos médicaments ?", lui demande l’infirmier. Margaux se concentre sur son parcours de demande de papiers en Belgique. "J’ai appelé l’ambassade de Pologne", explique la jeune femme. "Le consulat", corrige gentiment Tadeusz. "Oui pardon, le consulat… Il faudrait aller chercher votre acte de naissance. Vous êtes d’accord d’y aller seul ou vous voulez qu’on vous accompagne ?" Malgré ses soucis, cet ancien ingénieur du son n’en a pas perdu son sens de l’humour. "Je ne sais pas… c’est vous les professionnels", répond-il aux questions du binôme.

A la fin de l’entretien, Margaux et Tim sont plutôt satisfaits. "Quand on rigole comme cela avec la personne et qu’on voit qu’elle sait où elle va, c’est bien", assure Tim. "Après, c’est toujours un peu frustrant car c’est un monsieur sans papiers. Et donc, les pistes et les projets futurs sont un peu flous", ajoute Margaux. Mais cela n’empêche pas l’association de continuer le suivi. Une fois qu’une personne entre dans son giron, Infirmiers de rue ne la lâche pas, peu importe si cela prend du temps de trouver un logement ou si la personne retourne à la rue par la suite.

Prochain rendez-vous de notre duo : Michel. À 40 ans, il est en bonne voie pour en finir avec ses problèmes d’alcool. "J’en ai marre de la rue. Ce que je veux maintenant, c’est trouver un appartement, dit-il d’emblée à Tim et Margaux. Et cette fois-ci je vais le garder. La fois passée, je l’ai perdu car j’ai hébergé des copains de la rue et que ça défilait trop. Ça n’a pas plu au propriétaire qui a mis fin au bail. Mais cette fois-ci tant pis, je vais la jouer plus égoïste", dit-il, déterminé.

Plus d'investissements dans la prévention et le relogement

Une fois un logement retrouvé, une personne sur 10 retombe à la rue. Voilà pourquoi l’accompagnement peut encore se prolonger une bonne dizaine d’années après être installé. Un accompagnement qui demande donc des moyens. C’est dans cette politique de relogement et de prévention que le politique doit investir pour le médecin coordinateur du suivi des patients à l’asbl Infirmiers de rue. "On voit bien qu’entre 2008 et 2018, le nombre de personnes sans-abri a doublé. Or, les moyens ont considérablement augmenté sur cette même période. Mais en fait, en hébergeant provisoirement les gens, on ne résout rien. Tandis qu’une fois, qu’on remet les gens en logement, ils payent eux-mêmes leur logement, deviennent autonomes d’un point de vue financier… ce qui n’est pas le cas des gens hébergés en urgence." Pour lui, investir dans le relogement, ce sont des économies futures. "Investir dans l’accompagnement au logement, on sait que ce sera un investissement sur le long terme."

Ce mercredi matin, Alain Maron, ministre bruxellois de l’Action sociale est allé dans le même sens. "Ce sera le dernier plan hiver à Bruxelles", a-t-il annoncé sur antenne.

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