Les médecins pensent qu'elle est folle et la privent de son bébé: une mère attaque l'hôpital Erasme en justice

Une Bruxelloise reproche à Erasme de l'avoir fautivement privée de la garde de son enfant après son accouchement
Une Bruxelloise reproche à Erasme de l'avoir fautivement privée de la garde de son enfant après son accouchement - © Tous droits réservés

Le 18 octobre 2017, Mélanie, une habitante d’Etterbeek, se présente à l’hôpital Erasme pour y accoucher par césarienne. Elle est accompagnée d’une amie qui s’entretient avec une sage-femme pendant que l’accouchement se déroule. Au terme de celui-ci, plusieurs médecins se présentent dans la chambre de Mélanie. Ils commencent à l’interroger sur ses activités dans l’asbl ICATOR (acronyme signifiant en français "coalition internationale contre la torture électronique et la robotisation des êtres vivants") puis décident de la transférer à l’hôpital Brugmann pour un diagnostic psychiatrique.

Une procédure "Nixon"

Elle n’en a pas encore conscience à ce moment-là mais Mélanie vient de faire l’objet de ce qu’on appelle une procédure dite "ligne Nixon", relative à la protection de la personne des malades mentaux, sur décision du parquet de Bruxelles. Que s’est-il passé ? Apparemment, la conversation entre la sage-femme et son amie a suscité auprès du personnel soignant de l’hôpital des craintes à propos de la santé mentale de la patiente.

Au cours de la procédure judiciaire intentée par la suite, Erasme prétendra que Mélanie aurait déclaré "entendre des voix lui disant de tuer son enfant", ce qu’elle dément formellement. Toujours est-il que le médecin qui l’examine à Brugmann pose l’hypothèse d'"un trouble délirant de type paranoïaque" entraînant "un risque pour le nouveau-né si la patiente retourne à domicile avec son nouveau-né

Dans le même temps où elle fait l’objet d’une mesure de protection, un juge de la jeunesse décide de la priver de la garde de sa fille à peine née. Comme le prévoit la procédure Nixon, la personne placée sous protection peut faire appel au juge de paix pour demander la levée de la mesure. Le 25 octobre, la magistrate venue examiner Mélanie conclut : "Que la présence de maladie mentale n’est pas établie, ni la dangerosité".

Privée de sa fille pendant 20 mois

Mélanie est libre de quitter l’hôpital après cet épisode pour le moins traumatisant. Elle s’imagine alors rentrer chez elle avec sa fille. Mais le juge de la jeunesse ayant décidé de son placement, la levée de la procédure Nixon n’y change rien. Il faudra finalement 20 mois à Mélanie pour qu’elle puisse enfin récupérer la garde de son enfant, qui lui sera rendu le 9 mai 2019 seulement.

Les événements ont laissé des traces chez la fillette, "qui se mettait à pleurer quand je la déposais à la crèche parce qu’elle avait peur d’être abandonnée", nous explique sa maman. C’est clair que ma fille en a gardé des séquelles. Elle a une peur démesurée de me perdre. Au début, après l’avoir récupérée, je ne pouvais même pas aller à la salle de bains sans qu’elle commence à hurler et à paniquer. […] Ça a été très très très dur pour elle. Et pour moi".

Un procès contre Erasme

Mélanie n’entend pas en rester là. Elle a assigné l’hôpital Erasme devant le tribunal civil pour lui réclamer des dommages et intérêts. Elle est convaincue que ce sont ses activités militantes au sein d’ICATOR qui ont provoqué la réaction des médecins de l’hôpital universitaire. "Peu de temps après mon accouchement, un médecin s’est présenté dans ma chambre et a commencé à m’interroger au sujet de mon association. Pour résumer, nous défendons les victimes d’expériences non consensuelles avec les nouvelles technologies. Par la suite, trois femmes médecins se sont présentées et m’ont dit que j’allais être hospitalisée en psychiatrie et que je devais prendre des médicaments. Visiblement, le problème était que mon association les dérangeait fortement ou mes "croyances", comme elles disaient, qu’elles jugeaient délirantes".

En première instance, la justice a donné raison à Erasme. La juge estime en effet qu' "il n’est pas établi qu’au moment où il a été posé le diagnostic de troubles paranoïaques était inexact." La plaignante a décidé d’aller en appel.

Nous avons bien sûr sollicité la réaction de l’hôpital Erasme et avons demandé à pouvoir rencontrer le personnel médical et soignant impliqué dans ce dossier. La direction nous a répondu : "L’hôpital et ses préposés n’estiment pas convenable de s’exprimer dans la presse au sujet d’une affaire soumise à l’appréciation des cours et tribunaux".

L’affaire pourrait être plaidée dans le courant de 2020 ou 2021.

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