Plan Canal: les bourgmestres bruxellois s'inquiètent du rôle donné aux polices locales

Le plan anti-radicalisation de Jan Jambon devrait être présenté ce vendredi au gouvernement. Un plan qui prévoit de confier plus de tâche de surveillance aux polices locales dans 8 communes (7 communes bruxelloises plus Vilvorde).

Le souci, c’est que le plan a déjà pas mal été critiqué avant même sa présentation. Notamment par Yvan Mayeur, le bourgmestre de Bruxelles, l’une des communes concernées par le plan.

Il n'a pas apprécié que certains ministres fédéraux pointent du doigt le rôle des polices locales dans le passé. Mais, surtout, il s'inquiète du rôle prépondérant que le ministre de l'Intérieur souhaite donner à l'avenir aux polices locales. "Faire reposer l’avenir de la lutte contre le radicalisme exclusivement sur les polices locales, en nous obligeant à suivre toutes les cibles OCAM, ce n’est pas possible ! Nous n’avons pas les moyens nécessaires. Il nous faut du personnel supplémentaire, mais du personnel qui connait nos quartiers."

En attente de moyens financiers

De manière générale, les bourgmestres bruxellois craignent de ne pas avoir les moyens nécessaires pour remplir les nouvelles missions anti-radicalisation. Il faut 15 millions d'euros pour 118 policiers supplémentaires pour, notamment, assurer le suivi des mosquées et des salles de prières. "Le personnel de police locale n’est pas assez étoffé pour mener toutes ces actions, déclare Charles Picqué (PS), le bourgmestre de Saint-Gilles. On attend des moyens financiers pour pouvoir engager des policiers. Car si ce sont des policiers fédéraux – qui ne connaissent pas le terrain – qui viennent enquêter, je pense que cela posera quelques problèmes."

Pour Bernard Clerfayt (DéFI), bourgmestre de Schaerbeek, certaines propositions sont intéressantes, à condition que le fédéral soutienne les communes. "Il semble que l’on fasse glisser encore une fois des missions qui relèvent du niveau fédéral vers les polices locales. Est-ce opportun ? S’agissant d’une lutte contre le terrorisme international, il vaut mieux qu’il y ait une coordination forte au niveau du parquet fédéral. Deuxième point : si les moyens ne sont pas là, les missions ne pourront être remplies convenablement."

Avec le risque que certains nationalistes flamands stigmatisent à nouveau Bruxelles, disent les bourgmestres concernés.

Un plan trop bruxellois ?

Mais le caractère presqu'exclusivement bruxellois de ce plan agace aussi. Le phénomène de radicalisation se cantonne-t-il réellement à) ces seuls territoires ? s'interroge, non sans une pointe d'ironie, le bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode, Emir Kir (PS).

"Ce dont nous avons besoin, c'est d'un plan 'national' contre le radicalisme, juge-t-il. Pourquoi est-ce que, sur les huit communes concernées, sept communes sont bruxelloises ? Est-ce dire qu'il n'y a pas de radicalisme à Malines, à Anvers... ? C'est inacceptable. On voit bien qu'il y a une sorte d'obsession continuelle sur Bruxelles, de porter le débat sur Bruxelles alors qu'en réalité, nous le savons bien, le radicalisme ne s'arrête pas à la frontière d'une commune. Ce qu'il faut, c'est surtout donner les moyens disponibles et nécessaires pour lutter efficacement contre le radicalisme."

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