Place de la Liberté: "AB Inbev méprise les habitants du quartier"

Les deux cafés au centre de la polémique avec AB Inbev, installés depuis plus de 30 ans Place de la Liberté.
Les deux cafés au centre de la polémique avec AB Inbev, installés depuis plus de 30 ans Place de la Liberté. - © RTBF/Nicolas Lejman

Méconnue même de nombreux Bruxellois, la petite place de la Liberté, au nord-est du Pentagone, à quelques dizaines de mètres de la colonne du Congrès, ne manque pourtant pas de charme. À l’écart des grands axes de circulation, bordée d’arbres imposants et dominée par le Monument Charles Rogier, elle offre un refuge ombragé très apprécié aux heures les plus chaudes de la journée. Les terrasses ne désemplissent pas. Une place qui s’apprête aujourd’hui à changer de visage: deux des trois bistrots qui y sont installés pourraient disparaître au profit d’une grande brasserie-restaurant, selon la volonté du groupe brassicole AB Inbev.

On a été mis devant le fait accompli

Leurs contrats d’exploitation arrivant à échéance, les gérants du Liberty et du Daric n’ont appris que très récemment qu’ils ne seraient pas reconduits. Marina Pirotte travaillait comme serveuse depuis 22 ans au Liberty et avait bon espoir de pouvoir reprendre l’activité à son compte: "Ils m’avaient dit que mon dossier était en haut de la pile, que j’avais de bonnes chances d’être choisie pour le nouveau contrat. Finalement, ils nous ont convoqués pour nous dire qu’ils avaient d’autres plans, qu’ils allaient reprendre les deux établissements pour faire tout autre chose ". Une pétition pour le maintien en l’état du Liberty a été signée par près de 700 sympathisants "mais ils n’ont même pas voulu la regarder, ils m’ont dit que ça ne servait plus à rien " nous assure Marina.

De son côté, AB Inbev reste très évasif sur ses intentions. Après avoir réévalué la formule d’exploitation, le groupe a conclu que "ces points de vente stratégiquement localisés méritaient la mise en œuvre d’un concept aussi innovant que performant en concordance avec les aspirations de la clientèle." Jugeant prématuré de communiquer davantage sur ces projets, AB Inbev déclinera notre proposition d’interview.

C’est pourtant bien la Ville de Bruxelles qui est propriétaire des lieux, AB Inbev n’étant que locataire via un contrat de bail commercial. Freddy Verhaegen du service de coordination de la régie foncière nous confirme avoir reçu une demande le 23 juillet: "Ils ont fait une demande pour pouvoir fusionner les deux commerces, ils comptent aussi entreprendre de gros travaux de rénovation et de mise aux normes du secteur horeca". Un scénario qui semble satisfaire notre interlocuteur: "La régie ne voit pas d’un mauvais œil un locataire qui rénove complètement un bâtiment à ses frais". Afin d’amortir le coût de cet investissement estimé à 200 000 euros, AB Inbev a également demandé une prolongation dès septembre prochain de son bail commercial à 15 ans plutôt que 9 ans.

On leur mettra des bâtons dans les roues autant que possible

Véritables institutions de la place depuis plusieurs décennies, les deux établissements reçoivent cependant le soutien inconditionnel de nombreux riverains et du comité de quartier Notre-Dame-Aux-Neiges. Marie-Anne Swartenbroekx coordonne la mobilisation: "Nous sommes en colère parce que c’est une transformation qu’on veut nous imposer sans la moindre consultation. Il y a un mépris des habitants. Sur ces terrasses, tout le monde se croise: des syndicalistes, des touristes mais aussi des personnalités politiques de tous niveaux et des riverains. Cette mixité sociale fait tout le charme de l’endroit et ce ne sera sûrement plus le cas avec une brasserie-restaurant plus chic et plus design. L’échevine du Commerce Marion Lemesre a d’ailleurs dit qu’elle voulait faire du quartier un petit Neuilly [ndlr: quartier huppé de Paris] et ça les habitants du coin n’en veulent pas".

Par ailleurs, la place de la Liberté étant classée, Marie-Anne Swartenbroekx juge absurde d'effectuer des travaux lourds pour relier les deux rez-de-chaussée: "Le découpage par parcelle constitue un élément urbanistique important de Bruxelles. Plus on détruit le parcellaire en joignant des établissements ou des appartements plus on perd le caractère original des constructions. C’est aussi un patrimoine urbanistique qui doit être préservé".

Le dossier sera examiné par les autorités communales lors de la première réunion de rentrée le 20 août prochain. Quant aux exploitants actuels du Liberty et du Daric, si rien ne change, ils devront normalement avoir quitté les lieux pour le 30 septembre au plus tard.

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