Le buste de Léopold II au parc Duden "déboulonné" par des militants anti-coloniaux

Le buste de Léopold II, au parc Duden, a été déboulonné durant la nuit par des militants du collectif ACED.
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Le buste de Léopold II, au parc Duden, a été déboulonné durant la nuit par des militants du collectif ACED. - © RTBF

Le buste de Léopold II qui se trouve dans le parc Duden, à Forest, a été "déboulonné" dans la nuit de mercredi à jeudi. Une action revendiquée par des militants de la cause "décoloniale", à savoir le collectif ACED, qui fustigent le rôle de Léopold II dans la colonisation du Congo et qui entendent par-là dénoncer l’impossibilité de mener un débat sérieux avec les pouvoirs publics sur le passé colonial.

Une "insulte aux valeurs démocratiques"

"Bien qu’opposés à la violence, nous avons été contraints de prendre cette mesure radicale face au refus répété des pouvoirs publics d’engager tout débat sérieux sur la toponymie et la statuaire à la gloire du passé colonial et, plus largement, de refuser tout examen de conscience quant à cette page sombre de notre histoire. Nous estimons que cette politique de l’autruche constitue une faute majeure et une insulte aux valeurs d’une société qui se veut démocratique", ont-ils ainsi déclaré dans un communiqué.

"Mis à l’honneur par l’historiographie officielle, poursuivent-ils, Léopold II est surtout l’auteur d’une entreprise méthodique de pillage, responsable de plusieurs millions de morts, qui a profondément déstructuré les sociétés locales. La gravité de ces crimes invalide toute démarche visant à louer publiquement l’action de Léopold II dans d’autres domaines."

Une "infamie", une "tache indélébile"

"Celui-ci reste pourtant davantage marqué du sceau de l’honorabilité que de celui de l’infamie, dénoncent-ils. Continuer d’honorer cette tache indélébile de l’histoire nationale constitue un frein durable à toute tentative de construire les relations intercommunautaires de manière pacifiée. En effet, quelle meilleure manière d’exclure un segment de la communauté nationale que de commémorer les bourreaux de ses aïeux ?"

Décoloniser l’espace public "sali" par des édifices ou des noms de rue

Pour ce collectif militant, il est "urgent de sortir de cet inconscient collectif raciste, impérialiste et colonial, ce qui passe, entre autres, par une décolonisation de l’espace public." D’où l’action de cette nuit.

Et de rappeler malgré tout quelques avancées, et de les encourager : la plaque commémorative dédiée à Patrice Lumumba (ndlr : le tout premier Premier ministre de la République démocratique du Congo et figure de l'indépendance, assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga) à Mons en est une.

Reste que, selon eux, "l’espace public demeure sali par d’innombrables monuments, édifices ou noms de rues qui représentent autant de blessures infligées à la mémoire des personnes issues de l’immigration postcoloniale, et plus largement, à tous ceux qui combattent le racisme dans lequel s’inscrivent tant les crimes coloniaux passés que le néocolonialisme actuel."

Une action mais surtout des revendications

Le collectif ACED réclame l’ouverture d’un grand débat, organisé à tous les niveaux de pouvoir, "sur les heures sombres de la colonisation, aboutissant à un travail de mémoire authentique assorti de mesures concrètes ".

Le tout accompagné d’un changement de la toponymie et de la statuaire sur le territoire belge "de manière à ce que l’on cesse de rendre honneur aux auteurs des crimes coloniaux, et que l’on accorde leur juste place à celles et ceux qui se sont battus pour les faire cesser, en concertation avec le secteur associatif représentatif des populations postcoloniales.

En l’absence d’avancées par rapport à leurs revendications, ils envisagent d’autres actions du même type.

Du "vandalisme primaire habillé d’humanisme"

De son côté, le bourgmestre de Forest, Marc-Jean Ghyssels, dit comprendre les positions anticoloniales mais il regrette ce genre d'action, qu’il qualifie d’ailleurs de "taliban". "Il s'agit de vandalisme un peu primaire auquel ses auteurs donnent un habillage humaniste. S'en prendre à une œuvre décorative prévue pour un parc ne va pas changer l'histoire de la colonisation."

Et le bourgmestre de conclure : "De manière générale, je ne suis pas favorable aux mouvements qui souhaitent faire disparaitre l'histoire ancienne en voulant changer les noms des rues, débaptiser des places, etc. Car je pense que c'est un mauvais combat."

Par la première fois que Léopold II est visé

Le "Roi bâtisseur", fort controversé, a déjà été la cible de militants anticoloniaux. Ainsi, sa statue équestre sur la place du Trône (Bruxelles) a été badigeonnée de peinture rouge à plusieurs reprises : en 2008, 2013 et 2015. En 2017, une autre statue de Léopold II, à Mons, a été recouverte de photos rappelant les exactions coloniales. Et en 2004, c'est une main d'une statue de Léopold II, dressée sur la digue d'Ostende, qui a été coupée en guise de protestation contre la politique coloniale menée au Congo par la Belgique à l’époque.

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