Nouveau "plan taxi" à Bruxelles: licence individuelle, Uber et Taximen tous égaux?

Le Ministre Bruxellois sp.a Pascal Smet a présenté son projet de réforme ce mercredi au secteur des taxis de la capitale. Un plan très attendu. Les taximen le guettaient depuis plus de deux ans, inquiets de voir comment Pascal Smet envisageait de résoudre le "problème Uber".

Ce weekend, des "fuites" auraient déjà révélé une partie de ce plan taxi. Des fuites aujourd'hui confirmées et qui annoncent plusieurs changements importants.

Une licence identique pour les taximen et les chauffeurs Uber 

Premier changement, la fin d'une distinction importante à Bruxelles.  Chauffeurs de taxi, de limousine, de véhicule Uber ou d'autres applications: tous devront désormais disposer d'une licence. Une sorte de permis de rouler lié au conducteur (et non plus au véhicule comme aujourd'hui). Pour obtenir cette licence, les conducteur Uber devront notamment passer un examen, avoir 21 ans et 3 ans de conduite ou encore présenter un certificat de bonne vie et de moeurs.

À terme, chaque chauffeur disposera ainsi d'une et une seule licence,  personnelle et non cessible. Le nombre de véhicules autorisés reste toutefois limité pour éviter que la région n'en soit submergée (dans un premier temps Bruxelles passera de 1300 à 1800 véhicules) et pour garantir un revenu à part entière.

Plus de cumuls de licences: la fin d'un modèle?

Le système qui permettait à un exploitant de cumuler des licences est rendu impossible: une seule licence sera autorisée.

Jusqu'ici ces licences étaient liées aux véhicules et pas aux conducteurs. Et les 1300 licences autorisées à Bruxelles se revendaient au noir, au prix fort: plusieurs dizaines de milliers d'euros. De nombreux exploitants de taxis en avaient acquis plusieurs et proposaient à des conducteurs, dans une forme de location, l'ensemble "voiture+licence". C'est cette activité qui est compromise. Les conducteurs n'auront plus besoin ni de louer ni d'acheter ce coûteux sésame pour rouler.

"Avec ce nouveau cadre, nous misons sur la convivialité et la qualité et faisons table rase de l'exploitation des chauffeurs qui existe actuellement ", commente Pascal Smet.

Les exploitants qui possèdent plusieurs licences aujourd'hui ne pourront pas les renouveler à l'expiration de la validité de celles-ci. Le Ministre assure: ils recevront un dédommagement pour cet investissement passé, mais sans préciser de montants ni la provenance de cet argent.

Pour ces exploitants de plusieurs taxis, la phase de transition est prévue jusqu'à 2025.

Davantage de véhicules et de concurrence

Pascal Smet portera le nombre de véhicules bruxellois de 1300 taxis à 1800 voitures maximum. Cela signifie plus de voitures en concurrence dans ce marché du transport rémunéré de personnes. Une concurrence aiguisée par des changements de tarifs à venir. 

Les tarifs resteront fixes pour les courses des clients embarqués en rue, par exemple sur les places taxis.

Mais pour les courses réservées par appli ou téléphone, les prix seront plus libres.  Ils varieront dans une fourchette établie par un régulateur.

Dans cette fourchette entre un prix minimum et un plafond, les écarts pourront fortement varier: les tarifs seront fixés en "concertation avec les chauffeurs" au sein de chaque plateforme de réservation.

Pas d'autre précision: ni d'ordre de grandeur pour ces tarifs ni de détails sur qui exactement en décidera et sur quelle base... Les conducteurs auront-ils individuellement une marge de décision? sur chaque course? Les variations seront-elles liées au moment de la journée, à la demande à l'application/centrale téléphonique? Comment assurer une clarté tarifaire pour le client?

Inquiétude, colère et perplexité du secteur des taxis

Ce plan taxi était très attendu par le secteur. Les réactions ont été assez négatives à la présentation de ce mercredi. 

Des représentants de tout le secteur étaient présents: représentants syndicaux pour les conducteurs, représentants des exploitants de taxis, des clients, des centrales téléphoniques. Ils relèvent des zones d'ombre sur l'application pratique du plan.

Les syndicats craignent que les conducteurs qui étaient liés à un exploitant et percevaient un salaire minimum garanti quand les courses étaient rares, ne perdent cette protection. Ils doutent que ce changement "un conducteur = une licence" ne soit une avancée, sinon un recul vers une fragilisation des conducteurs, plus seuls et plus à la merci des fluctuations de clientèle et de tarif notamment.

De leur côté, les exploitants de plusieurs taxis se demandent comment poursuivre leur activité: "on veut nous transformer en loueurs de véhicules?"

Tous parlent d'"ubérisation" du métier, comprenez un "nivellement par le bas".

Nous avons contacté les responsables d'Uber pour la Belgique, pour une réaction à ce plan taxi qui permettrait mais encadrerait l'activité de l'application, mais sans réponse pour l'instant.

Le Ministre Pascal Smet souhaite faire aboutir cette réforme assez profonde dans le courant du mois de mai. 

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