Neder-Over-Heembeek: les tribunes vides du stade Nelson Mandela

Les tribunes désertes du nouveau stade de rugby Nelson Mandela, à Neder-Over-Heembeek (Ville de Bruxelles).
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Les tribunes désertes du nouveau stade de rugby Nelson Mandela, à Neder-Over-Heembeek (Ville de Bruxelles). - © RTBF

Les travaux ont duré un an et demi, au Petit Chemin Vert à Neder-Over-Heembeek.

Et au bout de l’attente, un terrain de rugby synthétique impeccable bordé d’une tribune neuve. Neuve et grande : 750 places, alors que les clubs résidents (division3) qui occupent aujourd'hui le site ne drainent que quelques dizaines de supporters.

"Vous voyez, c'est grand, c'est tout nouveau, mais en près de quatre mois depuis l'inauguration on n'a jamais vu personne dans les tribunes" nous explique un voisin perplexe, en faisant le tour de la construction.

A l'intérieur, une salle polyvalente, pas encore occupée, des bureaux encore partiellement vides, des vestiaires, un espace de stockage. Une bâtiment-tribune à treize millions d'euros.

"Beaucoup de gens à Neder se demandent pourquoi on a construit ça, quand on voit l'usage qu'on en fait. On avait entendu parler d'un stade de rugby pour les rencontres internationales...  Y'a pas de rencontres internationales."

L'inauguration discrète du stade début octobre 2017, sur invitation, sans inviter les voisins, presque sans presse, a renforcé l'idée dans le quartier qu'"il doit y avoir un problème".

Qu'en-est-il?

Une belle coquille presque vide

Les habitants du quartier ont raison sur deux points: ce bâtiment-tribune est largement sous-utilisé depuis son ouverture. Seuls les clubs locaux y jouent (division 3), sous les yeux d'un public confidentiel. Il y a aussi un entraînement de football hebdomadaire et quelques matches de rugby ponctuels supplémentaires. Bien peu d'animation pour un stade et une tribune aussi vastes.

Deuxième confirmation: aucune rencontre internationale n'y est programmée, malgré l'annonce qui aurait été faite en 2014, à en lire les colonnes de SudPresse. L'échevin des sports de la Ville de Bruxelles Alain Courtois, y lançait: "La tribune permettra de pouvoir y faire jouer l’équipe nationale de rugby. Actuellement elle joue sur le terrain annexe 2 du Heysel, près du stade Roi Baudouin, mais il disparaîtra dans le cadre du projet Neo. Ce stade portera le nom de Nelson Mandela. Et, pour l’inauguration, on voudrait faire venir les gens du film Invictus".

Un rugbyman, habitué du quartier, nous souffle: "le stade n'est pas homologué pour des rencontres internationales, il n'a pas les dimension requises, l'en-but est trop court".

Un stade pas homologué pour les matches internationaux?

La Ligue Francophones de Rugby nous confirme, sans autre précision, que le stade n'est pas homologué pour les matches internationaux.

Des joueurs de rugby interrogés commentent: il ne doit pas manquer grand chose, rien d'insurmontable a priori. L'un d'eux, qui a joué au petit stade du Heysel, celui des matches internationaux, juge le terrain de Neder bien meilleur, "y'a pas photo".

Deux sources nous disent qu'il n'y a en fait jamais eu de demande d'homologation.  

Peu d'empressement pour investir les lieux

Pourquoi aussi peu d'empressement pour homologuer ce terrain?  La Ligue Francophone du Rugby nous dit: : c'est trop petit pour le public des Diables Noirs, l'équipe nationale attire bien plus de monde, plus de 4500 spectateurs.

Mais les tribunes pourraient répondre aux besoins des rencontres internationales des équipes féminines, des équipes de jeunes.
Il pourrait y avoir une autre raison en filigrane.
Tout le plateau du Heysel va être remanié. Le projet Neo prévoit des équipements sportifs, entre autres pour le rugby. Les fédération et ligue espèrent peut-être maintenir les matches internationaux là-bas... Que le stade du Heysel décrépit et voué à démolition soit remplacé, dans le même coin, par un nouveau stade qui serait plus grand que celui de Neder, plus prestigieux, mieux situé.

Pourquoi investir le stade de Neder-Over-Heembeek quand il y a peut-être encore une carte à jouer au Heysel?

"L'idéal, ce serait d'avoir un bon terrain d'entrainement comme celui de Neder et un autre bon terrain pour les matches internationaux, à la pelouse intacte, pas abîmée par les entraînements" confie un joueur de haut niveau.

L'échevin des sports de la Ville de Bruxelles, Alain Courtois, recadre: "Les rencontres internationales peuvent se faire au Petit Chemin Vert, je pense que pour la Ville de Bruxelles c'est un endroit super. Au Heysel, ce sera surtout pour l'athlétisme et le hockey. On répartit les demandes".

Une appropriation tardive

Le stade de Neder-Over-Heembeek peut aussi s'animer sans matches internationaux.

La Ville de Bruxelles comme la Fédération Belge de Rugby et la Ligue Francophone de rugby assurent que les lieux seront de plus en plus investis: dans les semaines à venir, les bâtiments devraient héberger les bureaux de la Ligue et de la Fédération. La Fédération qui rêve d'y implanter aussi un pôle d'entraînement de haute performance. Elle annonce aussi des matches d'importance, à commencer le 24 mars prochain pour la Coupe de Belgique.

Pourquoi n'avoir pas tout de suite développé ces entraînements de haut niveau, installé ce "siège" du rugby dès septembre à la fin du chantier? 

La Fédération de rugby a connu des soubresauts en 2017: renouvellement du staff, changements de caps financiers. Le flottement au stade Nelson Mandela a pu refléter le flottement sur la planète rugby belge.

Conséquence ou pas? Le Rugby devra probablement partager "son" stade Nelson Mandela à l'avenir.

"C'est sous-exploité... pour le moment! Mais rassurez-vous ce sera bientôt très exploité!" assure l'échevin Alain Courtois, qui annonce la couleur:"Le stade peut être un pôle rugby et un pôle foot. Nous avons trop de demandes du football... Nous avons trois clubs qui jouent en division provinciale. Ils jouent sur un terrain boueux sans tribune. Il faut aussi pouvoir leur ouvrir des infrastructures qui correspondent aux normes de l'Union Belge".

Construction démesurée ou prévoyante?

L'Echevin MR ironise: "c'est bien la première fois qu'on reproche aux pouvoirs publics d'avoir créé une magnifique infrastructure sportive".

Son prédécesseur, l'ex-échevin des sports cdH Bertin Mampaka abonde: cette tribune disponible, c'est de la prévoyance. "Au lancement du projet, on avait prévu des infrastructures sportives pour accompagner le développement massif du quartier, l'arrivée des habitants de tous les nouveaux logements. Cette fois, on a anticipé les changements démographiques." Il ne doute pas que ces tribunes trouveront leur public.

Sous-exploité, le stade Nelson Mandela deviendra-t-il bientôt... sur-convoité?

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