Musimap, l'algorithme belge qui se cache derrière derrière vos playlists, lève 1,5 million d'euros

Musimap, c'est l'entreprise qui s'adresse à l'industrie de la musique pour les aider à générer les playlist
Musimap, c'est l'entreprise qui s'adresse à l'industrie de la musique pour les aider à générer les playlist - © ED JONES - AFP

Envie de "Happy hits" ou plutôt de "Sad songs"? C'est le nom de playlists sur Spotify ou encore sur Deezer et Youtube. Mais comment ces plateformes de musique en ligne font-elles pour proposer les chansons qui collent à vos goûts ou à votre humeur? Et bien c'est à Bruxelles que ça se passe. L'entreprise Musimap crée les algorithmes qui permettent de trier les morceaux. Et aujourd'hui, elle lève 1,5 million d'euros.

Allumer son ordinateur et appuyer sur play. C'est la première chose que Pierre Lebecque fait quand il arrive au travail. Le but: classer les émotions que la musique procure. "Prenons Blurred lines de Robin Thicke. Il représente surtout des émotions joyeuses que l'on classe dans "Happiness"."

Il est musicologue pour Musimap. L'entreprise belge s'adresse à l'industrie de la musique pour qu'elle crée les playlists en fonction des goûts, des humeurs ou des moments de la journée. Elle compte par exemple Universal Music ou Vevo dans ses clients.

Quand Pierre Lebecque a un doute sur une chanson, il appelle Olivier Lebeau, un autre musicologue à Paris. À eux deux, ils quantifient le pourcentage de "rêveries" ou de "liberté" qu'il y a dans une chanson. "Chaque émotion a elle-même des sous-émotions, explique Pierre Lebecque. Dans le bonheur, on va retrouver, l'innocence, le positif ou la liberté." Pour un morceau comme Nothing else matters de Metallica par exemple, ils se mettent d'accord sur un 21% de "rêveries".

Un travail long de 20 ans

Le musicologue belge classe en fait les chansons depuis plus de 20 ans... donc avant que ces applications n'existent. Car c'était son sujet de thèse dans les années 80. "L'intelligence artificielle est basée sur mon principe de thèse qui est: on ne peut pas créer de musique si on n'en a pas entendu avant. Par exemple, on n'imagine pas que James Brown ait créé le funk sans s'inspirer des rythmes binaires de l'Afrique, sans s'inspirer du système de prêche des évangélistes noirs de l'époque. Il a donc manié ce type binaire avec une façon de crier inspirée du gospel et un nouveau style est crée."

Le musicologue apprend cette théorie à un ordinateur. "Ces morceaux de James Brown deviennent un étalon. On lui dit: ceci est du funk. On lui envoie 1000 morceaux de funk. Avec ses paramètres mathématiques, l'ordinateur va essayer de comprendre ce qu'est ce style musical."

Le but: entraîner une intelligence artificielle

Mais tous les morceaux ne passent pas entre les oreilles expertes de musicologues. "Le travail des musicologues est de dire si les chansons sont tristes ou gaies, rock, pop ou salsa, explique Philippe Decottignies, responsable produit. Ça nous donne un certain nombre de chansons qui servent à l'entraînement de l'intelligence artificielle, soit un réseau de neurones. Une fois entraîné, on peut lui donner n'importe quelle chanson et avec ce qu'il a appris sur les 200 000 ou 300 000 chansons analysées, il va nous donner le probabilité que cette chanson est triste ou gaie."

Musimap lève 1,5 million d'euros

Cette intelligence artificielle qui connaît un véritable crescendo à l'heure du succès de Spotify ou Deezer. "Depuis que l'on existe en 2015, la société n'est pas encore rentable mais c'est souvent le cas dans le monde des start-up, explique Thierry Ascarez, patron de Musimap. Ceci dit, on a une belle croissance. Et pour l'accompagner, on recherche des investisseurs qui vont nous permettre d'accélérer cette croissance. On va surtout essayer de se développer plus aux États-Unis, là où se trouve une grande partie de notre clientèle." La société veut lever 1,5 million d'euros d'ici le mois de juin.

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