Monnaie locale : bien implantée chez les commerçants, la Zinne doit encore séduire les Bruxellois

Peut-être en avez-vous déjà dans votre portefeuille : la Zinne existe depuis mars dernier dans les 19 communes de la capitale. Cette monnaie locale bruxelloise, dont la valeur est la même que celle de l’Euro, a pour objectif de favoriser les commerces de proximité et le circuit court en évitant les fuites de capitaux hors de l’économie réelle.

Après cinq mois d’existence, c’est l’heure d’un premier bilan tout en contraste pour cette initiative portée par 70 citoyens bénévoles. Si le nombre de commerces participants est plutôt élevé pour une monnaie locale émergente, la Zinne peine encore à se faire connaître des Bruxellois.

Des apéros pour se faire connaître

Confirmation dans cette herboristerie de Saint-Gilles. Si la gérante dispose d’environ 70 Zinne dans son fond de caisse, elle n’y touche pas souvent. "Il y a vraiment deux groupes, développe Louise Dimanche. Il y a les "pro-Zinne" et les "je m’en fiche ou je veux pas". Du coup, ça tourne très peu, et avec très peu de clients."

Convaincue par le concept, cette commerçante ne voit qu’une issue pour intensifier les échanges : "un mouvement de sensibilisation plus actif car les gens ne comprennent pas." Un nécessaire effort de communication dont sont conscients les concepteurs de la monnaie bruxelloise.

"Forcément, on a d’abord démarché les lieux, explique Sophie Hubot, du collectif citoyen Zinne. Désormais, on commence à avoir des activités pour vraiment toucher le public. On organise par exemple un "apéro Zinne" chaque mois, dans une commune différente à chaque fois, pour pouvoir mieux faire parler de la Zinne en dehors du réseau des prestataires."

144 commerces participants

Avec 144 commerces participants, avec 70.000 Zinne en circulation, la toute nouvelle monnaie bruxelloise est encore loin des initiatives internationales emblématiques. Un seul exemple : au Royaume-Uni, la "Livre de Bristol" pointe à environ 1,6 million d’équivalents euros en circulation.

Mais à l’échelon de la Belgique francophone, la Zinne n’a pas à rougir, en comparaison avec les 13 autres monnaies locales qui existent : "on a un démarrage qui est vraiment intéressant", affirme Sophie Hubot, qui prend pour exemple la diversification rapide des types de commerces qui acceptent la Zinne.

"On a commencé à démarcher des prestataires dans l’alimentation. Mais ce qui est intéressant, aujourd’hui, c’est qu’on peut payer en Zinne dans des restaurants, des bars, des centres culturels. Il y a même des kinés, des masseurs et un chauffagiste qui participent", s’enthousiasme la bénévole de cette initiative citoyenne, qui ne craint donc pas le spectre de l’échec des Eco-Iris, une initiative des autorités régionales bien vite abandonnée.

 

 

Ecoutez le reportage de Jérôme Durant et Marie-Laure Mathot

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