Molenbeek-Jérusalem: 24 jeunes à la recherche du vivre ensemble

Molenbeek-Jérusalem: 24 jeunes à la recherche du vivre ensemble
4 images
Molenbeek-Jérusalem: 24 jeunes à la recherche du vivre ensemble - © Tous droits réservés

24 jeunes de Molenbeek sont de retour du Proche-Orient. Ils ont vécu une expérience marquante en Israël et en Palestine. Ils ont dû abandonner quelques idées toutes faites sur le conflit, mais ont trouvé là-bas une nouvelle fierté à leur identité belge. Ils ont entre 18 et 26 ans et mènent des études supérieures ou ont déjà commencé à travailler. Ils ont été sélectionnés pour participer à ce projet des programmes Une étoile, un Destin et Move for the World, soutenus par la Fondation Roi Baudouin.

Malgré plusieurs mois de préparation, la rencontre avec " l’Orient compliqué " n’a pas manqué de provoquer la surprise. "On voit tout le temps des images de guerres, dit Raja. Avant de partir, certains d’entre nous avaient peur. Dès l’aéroport, les contrôles sont très lourds. Là-bas, il y a des soldats, des checkpoints. Mais on ne s’attendait pas à un pays (ou deux pays) chaleureux, où l’on sent une envie de vivre ensemble, de travailler ensemble, malgré la situation. C’est le cas en tous cas chez les jeunes. La haine a été créée par une génération qui n’a plus le droit de décider pour les générations suivantes. "

"On a vu beaucoup de soldats, renchérit Dino, mais le peuple n’est pas en guerre. On a vu les trois religions cohabiter à Jérusalem. C’est la politique qui construit des murs. Elle créée un sentiment d’insécurité pour mieux contrôler les gens par la peur. On a vu plusieurs exemples où des musulmanes voilées et des juifs orthodoxes se côtoyaient sans problème. "

Le mur qui empêche la communication

Tous n’ont pas perçu de la même façon cette possible entente entre Israéliens et Palestiniens. "Pour ma part, j’ai grandi en voyant les images de la seconde intifada, nuance Mimoun. Du coup, j’étais enthousiaste à l’idée de me rendre sur place. J’ai constaté que les tensions se polarisent à Jérusalem, qui est une ville très communautarisée. Il y a une ségrégation entre d’un côté les juifs, et les musulmans et les chrétiens de l’autre."

"A Jérusalem, il y a un calme bizarre, constate aussi Marouane. On sent une tension sous-jacente dans la ville. De l’autre côté du mur, côté Palestinien, la tension est encore beaucoup plus palpable. Le mur empêche déjà la communication. Il y a des miradors, d’où ils surveillent les Palestiniens. La communication passe alors par des tags dessinés côté palestinien qui sont magnifiques."

Visiter à la fois le Mémorial de l'holocauste Yad Vachem et l'Esplanade des mosquées pousse forcément à la réflexion. Maria souligne son malaise, après avoir constaté qu’eux, jeunes Molenbeekois, pouvaient visiter la mosquée al-Aqsa, tandis que des Palestiniens vivant à quelques kilomètres de là, de l’autre côté du mur, n’ont jamais pu s’y rendre.

Je me suis vraiment senti fier d’être belge

Le groupe a aussi visité des projets réalisés par la Coopération au développement belge. Ce fut comme une révélation: voir des infrastructures construites ou rénovées par la Belgique les a enthousiasmés. "Ca m’a impressionné, dit Zacharia. Sur les lieux, je me suis vraiment senti fier d’être belge quand j’ai vu le sigle " btc " (Coopération Technique Belge) ou " .be " et tout ce qu’ils font pour les Palestiniens. ".

Tous confirment cette fierté renouvelée de leur identité belge, au vu des réalisations de la Coopération sur le terrain : routes, écoles, hôpitaux, archéologie, culture... Ils ont multiplié les selfies avec les sigles belges en arrière-plan. "C’est une honte que personne ne connaisse ce travail magnifique qui est fait", s’indigne Raja. Les Palestiniens, eux, connaissent ces réalisations et l’image de Belgique en bénéficie, assure Mimoun.

L'apprentissage de la complexité

Ce voyage leur laisse en tous cas une réflexion plus nuancée sur le conflit israélo-palestinien. "Prenez le temps de connaître les gens, la situation, recommande Raja. Vous ne pouvez pas défendre une cause si vous la connaissez pas. D’ici, le conflit entre Israéliens et Palestiniens a l’air simple. Sur place, on se rend compte qu’il a des racines très profondes. C’est une situation compliquée qui touche tous les domaines et tout le monde. Il faut prendre le temps de parler avec les gens pour comprendre leur point de vue. Ils n’ont pas envie d’être défendus. Ils veulent d’abord être compris.

Elias a été particulièrement marqué par l’hospitalité et la dignité des Palestiniens : "On a vu qu’ils ont développé une résilience face à l’occupation. Ils ne s’arrêtent pas à ça, ils continuent leur vie. Et ils ne veulent surtout pas être considérés comme des victimes en situation de détresse. Lorsque nous avons été accueillis chez eux, c’était remarquable : on a trouvé nos points communs, plutôt que de s’appesantir sur leur situation. "

Nader Rekik, instigateur du projet, précise que les voyages qu’il organise se font généralement vers l’Afrique ou New York. Quitter leur quotidien doit permettre aux jeunes de mieux se retrouver eux-même. "Ces déplacements leur permettent de sortir de situations d’échec ou de démotivation, explique-t-il. Cette expérience-ci a été unique, avec en arrière-plan la question du vivre ensemble, en lien avec l’actualité lourde de ces derniers mois. Les jeunes ont rencontré des personnes très différentes. Et lorsqu’ils découvrent par eux-mêmes des réalités difficiles, ils sont capables de discernement, d’esprit critique et d’analyse. Les retours que j’ai reçus m’encouragent à poursuivre ces dynamiques de rencontres. Je garde l’espoir en cette jeunesse et en la possibilité de vivre ensemble en paix."

Ecoutez le reportage de Daniel Fontaine diffusé sur les ondes de La Prem1ère

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir