Meurtre du roi de l'îlot sacré: les traces ADN qui enfoncent l'accusé

L'accusé Tarek Ladhari, 64 ans, derrière ses avocats Olivier Martins et Caroline Poiré
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L'accusé Tarek Ladhari, 64 ans, derrière ses avocats Olivier Martins et Caroline Poiré - © THIERRY ROGE - BELGA

Les questions scientifiques ont fusé durant cette matinée au troisième jour du procès du meurtrier présumé de celui qu’on surnommait le " roi de l’îlot sacré ", Denis Debouverie, propriétaire de nombreux restaurants autour de la Grand Place –d’où ce surnom de roi de l’îlot sacré-  retrouvé égorgé dans son bureau en septembre 2008. Celui qui est aujourd’hui jugé pour ce meurtre, c’est Tarek Ladhari. Un homme qui gérait l’un des restaurants de Denis Debouverie au moment des faits et qui aurait eu un conflit financier avec la victime.

Dans cette affaire, il n’y a pas de preuves directes. En d’autres mots, aucun témoin visuel du meurtre, pas d’aveux. On n’a pas non plus retrouvé l’arme du crime. L’heure, ainsi que le jour du décès ne sont pas certains à cause du doute raisonnable issu de l’analyse scientifique du corps de la victime. Tous les témoins entendus jusqu’à présent par la cour s’accordent aussi pour dire que la victime comptait de nombreux ennemis, et pas uniquement Tarek Lahdari qui est aujourd’hui devant les assises.  

Trainer un corps ou aider un proche à ne pas tomber ?

Deux éléments principaux expliquent en fait la présence de Mr Ladhari comme accusé. D’abord, un départ que les enquêteurs ont qualifié de "précipité " en voiture vers la Tunisie, quelques heures à peine après l’heure estimée du meurtre. Départ qui s’accompagne de quelques incohérences entre le témoignage de l’accusé et celui que sa mère donnera en Tunisie quelques mois plus tard.

Ensuite, et c’est là l’objet du jour, il y a des traces ADN. L’ADN, la signature biologique de l’accusé, a été retrouvé à un endroit plutôt surprenant, à savoir le bas du pantalon de la victime. Mardi, les médecins légistes ont affirmé que le corps avait probablement été traîné par les pieds après le meurtre. Par les pieds et donc par le bas du pantalon, selon l’accusation, qui explique ainsi comment ces traces ADN se retrouvent non seulement à l’extérieur du pantalon, mais aussi sur le tissu côté intérieur (près de la chaussette). Lors de son interrogatoire, l’accusé a, lui, donné une toute autre version pour expliquer ces traces. " Quelques jours avant le meurtre, Monsieur Debouverie est venu dans mon restaurant pour régler un souci de voisinage. Ce souci nécessitait de regarder à travers une fenêtre située en hauteur. Pour y arriver, il est monté sur deux casiers de boissons qui se trouvaient là et, à un moment donné, il a vacillé. Je l’ai alors attrapé par le bas du pantalon pour éviter qu’il ne chute. C’est mon explication pour justifier ces traces ".   

L'ADN de l'accusé, oui, mais pas forcément sa version des faits

Autant dire que l’audition de l’expert qui a réalisé les analyses ADN était très attendue. Et le professeur Deforce n’a guère laissé de doute. " Nos analyses nous permettent de dire que l’ADN retrouvé sur ce bas de pantalon, à côté de celui de la victime, est bien celui de Tarek Ladhari. Un ADN de ce type se retrouve sur une personne sur 13 millions. On peut donc dire qu’il n’y en a probablement qu’un seul en Belgique, chez Monsieur Ladhari ".

L’expert enchaîne : " nous pouvons même dire que la probabilité que ce soit bien l’ADN de Monsieur Ladhari est encore plus importante sur la partie intérieure du pantalon, que sur la face extérieure ".    

Des affirmations que les avocats de l’accusé ont ensuite tenté d’adoucir. " Monsieur l’expert, d’après l’endroit où vous avez relevé ces traces ADN, pouvez-vous nous dire si une explication est plus plausible que l’autre : celle de l’accusé avec les casiers de boissons et le risque de chute ou celle qui dit que le corps a été traîné par les pieds après le meurtre ? ", demande Me Poiré. " Non, je ne peux pas ", répond l’expert. " Et est-ce possible que ces traces ADN à l’intérieur du pantalon, soient en fait des traces venues de l’extérieur et qui auraient traversé le tissu ? ", relance l’avocate. " Oui, c’est possible ", confirme l’expert. " Notamment lorsque les vêtements sont pliés pour être mis dans les sacs de transport de la police scientifique. Les fibres sont alors parfois en contact intense et prolongé ".

Une manière de tenter de semer le doute dans l’esprit des jurés. Un doute qui, au moment du verdict, bénéficie en général à l’accusé.

Par contre, la dernière intervention de l’expert va plutôt dans le sens de l’accusation. " Nous avons également analysé des traces ADN relevées sur le goulot d’une bouteille de whisky présente tout au-dessus de la poubelle, ainsi que des traces relevées sur un décapsuleur. Deux objets retrouvés dans le bureau où le meurtre a eu lieu. Dans les deux cas, c’est bien l’ADN de Monsieur Ladhari. Avec là, une certitude encore plus importante que dans le cas du pantalon ".  

Pour l’accusation et les parties civiles, ces éléments prouvent à nouveau la présence dans ce bureau de Mr Ladhari très peu de temps avant le meurtre ou, même, au moment du meurtre. D’autant que le whisky était l’une des boissons favorites de l'accusé. Ce à quoi les avocats de Tarek Ladhari répondent que cette rencontre a pu avoir lieu plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant le meurtre. L’hygiène dans ce même bureau ayant été largement négligée durant les derniers mois de vie de la victime, Denis Debouverie.     

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