Le PS fait monter DéFI dans le collège de Bruxelles en prévision d'une fronde en interne

Le PS de la Ville de Bruxelles veut faire démissionner trois de ses élus
Le PS de la Ville de Bruxelles veut faire démissionner trois de ses élus - © Rtbf

Pourquoi DéFI est-il monté dans la majorité de la Ville de Bruxelles, déjà constituée du PS (17 sièges), d'Ecolo (9 sièges) et de Change.Brussels (1 siège)? Officiellement, parce que la nouvelle coalition entend mener de vastes réformes et qu'il est nécessaire de renforcer son assise par l'apport des trois conseillers DéFI. En réalité, la vraie raison de cet élargissement tardif serait tout autre.

Des élus PS invités à démissionner

Tout récemment, le bourgmestre Philippe Close ou son entourage immédiat ont demandé à trois jeunes élus de démissionner. Motifs invoqués : un risque de conflit d'intérêt pour deux d'entre eux. L'un travaille comme directeur artistique à Brussels Expo, une asbl dépendant de la Ville; un autre est coordinateur de maisons de quartiers. Le problème, c'est que cette situation était bien connue des responsables socialistes au moment de constituer la liste et qu'à aucun moment les deux candidats n'ont été avertis du fait qu'ils devraient choisir entre leur mandat de conseiller communal ou leur boulot à la Ville ou au Cpas. Ils ont donc mené une campagne de terrain intense, couronnée par un nombre élevé de voix de préférence. Ils y sont également allés de leur poche pour payer le matériel de campagne et n'apprécient évidemment pas qu'on les prive d'un siège durement conquis.

Autre motif qui aurait été invoqué, la nécessité de mieux faire correspondre le conseil communal avec "la sociologie de la Ville". Les trois élus invités à démissionner sont d'origine arabe. De là à penser que l'idée est de "blanchir" une partie du groupe socialiste, il n'y a qu'un pas que franchit sans détour une conseillère communale sortante. "Je suis furax", nous déclare cette élue sous couvert de l'anonymat, "parce qu'on demande à ces trois personnes de se "défroquer". C'est bafouer la démocratie. C'est le résultat des urnes, les gens des quartiers ont voté pour eux parce qu'ils ont cru qu'ils pourraient faire quelque chose".

Un risque de défection

Les choses sont allées très loin, avec la menace que les trois élus invités à démissionner prêtent serment puis se déclarent indépendants, échappant ainsi à toute forme de contrôle et de discipline majoritaire. La coalition s'en serait trouvée fragilisée. D'où l'idée du PS d'appeler DéFI en renfort. Ce qui risque de causer d'autres problèmes en interne, les attributions des échevins PS devant être rabotées au bénéfice du futur échevin DéFI. Interrogée au sujet de ces possibles défections, l'attachée de presse du bourgmestre Philippe Close nous a répondu : "Je ne suis pas au courant. Tout va très bien."

Un conseiller dément

Karim Tafranti est l'un des trois nouveaux élus invités à démissionner en raison d'une incompatibilité entre sa profession et son mandat. Mais l'intéressé dément : "Je n'ai reçu aucune demande expresse de démission et je connaissais mon statut particulier avant de me présenter sur la liste électorale. (...) L'exercice de la citoyenneté ainsi que la représentation politique ne se limitent nullement au fait de siéger ou pas au conseil communal."

Dont acte.

Pour la future opposition, "c'est un déni de démocratie"

Geoffroy Coomans de Brachène ne sera plus échevin dans cette future majorité. Il sera chef de file du MR dans l'opposition. Il se dit se dit déçu. "Des socialistes ont été élus en bonne et due forme, certes dans une campagne hyper communautaire mais qui ont été élus quand même. Qu'on leur demande de démissionner, ce n'est pas correct. C'est quelque chose qui est anti-démocratique. Ils ont été élus. Il fallait bien faire la liste au départ."

Le conseiller communal cdh, Didier Wauters, parle même de "clientélisme organisé". "C'est choquant. On utilise des gens parce qu'ils travaillent dans des associations bruxelloises. Et donc, ils touchent un public large dont le parti a besoin. Et puis au lendemain des élections, on leur dit qu'ils ne peuvent pas monter au pouvoir? C'est très irrespectueux pour les candidats qui se sont battus avec honnêteté. C'est un enjeu de voir la démocratie instrumentalisée."

 

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