Le PS est-il sur le point d'exclure Emir Kir, le député-bourgmestre de Saint-Josse ?

Emir Kir, bientôt exclu du PS?
2 images
Emir Kir, bientôt exclu du PS? - © Thierry Roge BELGA

Emir Kir devrait comparaître ce lundi devant la commission de vigilance du PS bruxellois. Un militant de Saint-Gilles lui reproche d’avoir reçu à la maison communale de Saint-Josse, début décembre, une délégation de maires turcs parmi lesquels figuraient deux membres du MHP, parti ultranationaliste d’extrême droite. Emir Kir s’est défendu en affirmant qu’il n’avait pas lui-même invité les cinq maires mais répondu favorablement à la demande d’une association des maires turcs présentée comme "apolitique".

Une volée de bois vert

Aussi bien le président de la Fédération bruxelloise du PS, Ahmed Laaouej, que le président du parti, Paul Magnette, ont condamné cette rencontre, rappelant que le respect du cordon sanitaire à l’égard des élus d’extrême droite s’appliquait à tout le monde et partout. Simone Susskind, ancienne députée régionale, est allée plus loin dans la condamnation. Elle estime qu’Emir Kir n’a plus sa place au Parti socialiste. Simone Susskind est à ce jour la seule personnalité socialiste à avoir ouvertement plaidé pour une exclusion du député-bourgmestre de Saint-Josse, même si elle ne l’a pas formulé en ces termes. Plus anecdotique, parce qu’extérieur au PS, le rédacteur en chef de La Libre Belgique, Dorian de Meeus, estime dans un éditorial mis en ligne ce 11 décembre que "Le temps est venu pour le PS de se séparer d’Emir Kir".

Emir Kir se défend très mal

Que risque Emir Kir devant la commission de vigilance ? Difficile à prédire, puisque nous ignorons tout de la "jurisprudence" de cette instance interne, garante du respect de la ligne politique et de l’éthique par les membres du PS. Le principal intéressé, en tout cas, semble inquiet. Outre ses explications sur les circonstances de la visite des maires turcs à Saint-Josse, Emir Kir a choisi de se victimiser.

Dans une interview à "La Libre Belgique", il se dit la cible d’un "lynchage raciste et turcophobe". Une ligne de défense contestable qui en irrite plus d’un parmi les militants et les cadres socialistes, d’autant qu’Emir Kir est coutumier du fait. Confronté aux critiques régulières de la conseillère communale Ecolo Zoé Genot lors des conseils communaux, le bourgmestre de Saint-Josse a également accusé son opposante de racisme, éludant ainsi le fond des dossiers.

Autre signe de l’inquiétude d’Emir Kir, la campagne "Touche pas à mon bourgmestre" lancée voici quelques jours sur les réseaux sociaux. Une manière d’en appeler à la "base", au "peuple de Saint-Josse" contre un prétendu arbitraire de l’appareil socialiste.

Un PS longtemps complaisant

Emir Kir n’a pourtant guère de raisons objectives de se plaindre du Parti socialiste. Il a en effet longtemps pu compter sur le soutien de la direction bruxelloise, devenant Secrétaire d'Etat du gouvernement bruxellois de 2004 à 2012, fort d’un excellent score personnel aux élections régionales.

Pourtant, dès 2003, le journaliste Mehmet Koksal avait révélé ses positions contestables sur le génocide arménien. Par la suite, le même journaliste et le chercheur indépendant Pierre-Yves Lambert avaient mis en évidence le fait qu’Emir Kir s’était faussement qualifié de "licencié en sciences politiques" alors qu’il n’avait jamais déposé son mémoire de fin d’études. Pour des faits de même nature, la socialiste flamande Anissa Temsamani avait dû démissionner du gouvernement fédéral en septembre 2003, deux mois à peine après sa nomination au poste de Secrétaire d'Etat à l’organisation du travail et au bien-être au travail. Emir Kir, lui, a poursuivi sa carrière.

Une trahison non sanctionnée

Son étoile commence à pâlir en 2012. Malgré un accord préélectoral interne, sous les auspices de Rudi Vervoort, Emir Kir défenestre le bourgmestre de Saint-Josse, Jean Demannez, qu’il a devancé en voix de préférence. Il s’agit clairement d’une trahison et d’une rupture des accords conclus mais, une fois encore, Emir Kir passe à travers les gouttes. Son impressionnant nombre de voix de préférence (18.520 aux dernières législatives dans l’arrondissement de Bruxelles) le préservera-t-il d’une lourde sanction ? A moins que les "Sages" du PS n’estiment que, cette fois, le député-bourgmestre est allé trop loin ? Après tout, à 51 ans, Emir Kir n’incarne sans doute plus l’avenir, d’autant que d’autres candidats d’origine turque sont prêts à prendre la relève au PS. On ne devrait pas tarder à avoir la réponse à ces questions.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK