Le Parc Maximilien: sas de misère avant l'Angleterre

Au moins 400 réfugiés attendent dans le parc Maximilien ou aux alentours l'occasion de passer en Angleterre, sans abri.
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Au moins 400 réfugiés attendent dans le parc Maximilien ou aux alentours l'occasion de passer en Angleterre, sans abri. - © RTBF

Un Empereur drapé de fourrures et de bijoux s'appelait Maximilien. Mais "Maximilien", à Bruxelles, c'est devenu synonyme de misère et d’impuissance. Le nom d’un terrain boueux plus que d’un parc, où des femmes se cachent derrière un escalier pour dormir. Où des hommes attendent un caleçon propre, un sandwich, un passeur pour terminer l’errance.

La misère dans la ville

Cela se passe samedi sous la pluie, sur le trottoir au centre de Bruxelles. Ils forment deux files, d'environ 200 hommes chacune. Des hommes jeunes, Africains d'Erythrée, Sud Soudan, Guinée Conakry. Pas de femmes: elles sont, me dit-on, "restées à l'abri". De la pluie? Des hommes? Des regards?

"Qu’est-ce que vous attendez? De quoi est-ce que vous avez peur?""Je n’ai pas envie de vous parler" répond une jeune femme, couchée sous la volée d'escalier d'un immeuble, emmitouflée dans un manteau. "Je ne vous connais pas. Si je vous parle, je ne gagne rien mais je peux perdre encore" dit-elle, dans un sourire et en anglais. Une bénévole vient lui apporter des serviettes hygiéniques.

Un peu plus loin, un homme termine une lessive dans un seau. Son linge, suspendu aux clôture de la plaine de jeux, défie les averses. "Je suis ici depuis un mois et deux semaines" explique-t-il. Il dit attendre une opportunité pour passer en Angleterre, peut-être en car depuis la Gare du Nord, via Calais.

Deux files d'hommes

Sur le trottoir, la première file mène à un casse-croute: les hommes reçoivent du pain, des beignets, des sardines, des fruits et une bouteille d'eau. La seconde permet de recevoir l'un des cinq cents sacs de couchage achetés ou récoltés par des bénévoles. Ce sont d'ailleurs des bénévoles qui procèdent aux distributions. Aujourd'hui, ils ont invité des médias pour témoigner de ce qui se passe. Et pour donner chaud au coeur, deux musiciens.

Alors, voici la scène.

La pluie s'arrête. Les hommes baissent les sacs poubelles qu'ils tenaient au dessus de leurs têtes pour se protéger. C'est le moment propice pour entamer les dons de sacs de couchage. Une bénévole ouvre les portes de la camionnette, c'est une habituée. D'autres viennent aider pour la première fois, de Namur ou de Liège. Ils entament une distribution improvisée... trop improvisée: c'est la ruée. Des cris, des poussées, pour un sac.

Un bénévole crie: "DON'T PUSH!!!!!! Restez en file! Y'en aura un pour tout le monde!" Et aussi: "on est avec vous, ne vous bagarrez pas!" Une bagarre peut amener la police et la police pourrait interrompre l'opération et à nouveau confisquer... des sacs de couchage.

Les bénévoles, désemparés, referment vite la camionnette. Re-cris. Re-attente. Re-pluie. Re-accalmie, côté météo et sur le trottoir. Les musiciens se remettent à jouer. La file est réorganisée et la distribution reprend. Les réfugiés avancent cette fois un à un le long d'une haie de volontaires jusqu'à la camionnette pour recevoir leur duvet.

Sous les regards aussi, de bénévoles, passants, réfugiés, musiciens, journalistes, une femme remet un caleçon propre à un jeune homme.

Quelle pudeur leur reste-t-il? Pour décrocher cette aide rudimentaire, il fallait une résistance à la tension, aux regards et à l'attente debout. Cette distribution tâtonnante avait quelque chose d'éprouvant... et de rassurant à la fois: l'investissement des bénévoles impressionne, généreux et vital ("je porte les mêmes vêtements depuis un mois").

S'il faut plus de professionnalisme, il faut dès lors... des professionnels. Qu'en est-il?

Pas d'accueil organisé par les pouvoirs publics

Le parc Maximilien est (re)devenu le lieu de vie de réfugiés il y a deux mois et depuis début août, l'affluence s'est intensifiée. Ils sont à présent plus de 400 dont au moins 26 femmes, parfois avec enfants. Un bébé et une femme enceinte de huit mois y ont été vus cette semaine par l'ONG Médecins du Monde.

Médecins du Monde passe deux fois par semaine pour apporter quelques soins. Différentes plateformes citoyennes de soutien aux réfugiés récoltent et distribuent de quoi manger chaque jour.

Mais le secrétaire d'état à la migration, le N-VA Theo Francken rejette toujours l'idée d'un accueil organisé par les pouvoirs publics.

"Il s'agit de migrants en transit, en chemin vers la Grande-Bretagne" explique la cellule communication du cabinet de Theo Francken. "Ils sont proches du guichet d'asile et pourraient introduire une procédure. Ils choisissent de ne pas le faire. Si une procédure est ouverte, le temps de la procédure, ils ont droit à l'accueil 'Bed-Bad-Brood': ils sont logés et nourris. Mais dans ce cas-ci, ils ne demandent pas l'asile, parce qu'ils ne veulent pas rester en Belgique. On ne va donc pas créer ce hub".

Les communes de Bruxelles et Schaerbeek, elles, déplorent la situation mais refusent de se substituer au fédéral.

"Nous n'avons d'ailleurs pas les compétences d'agir si ce n'est de façon périphérique, pour des situations problématique pour l'hygiène par exemple", commente le cabinet du Bourgmestre de la Ville de Bruxelles. Trois toilettes ont été installées dans le parc et il y a un robinet, voilà pour l'infrastructure.

Le "problème humanitaire" décrit par les associations CIRE, Médecins du monde et Vluchtelingenwerk n'est aujourd'hui pas pris en charge par les autorités.

Dans ce parc au nom d'Empereur, l'empire de ces migrants a les frontières bien closes et un horizon étriqué.

Reportage du JT 13h avec les bénévoles du parc Maximilien

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