Le bénévolat : une des solutions pour motiver les ados confinés ?

Depuis quelques jours, des jeunes du club de Futsal des Espoirs Molenbeek se mobilisent tous les après-midi pour préparer des colis alimentaires. Ils l'avouent : cela a donné un sens à leur confinement.
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Depuis quelques jours, des jeunes du club de Futsal des Espoirs Molenbeek se mobilisent tous les après-midi pour préparer des colis alimentaires. Ils l'avouent : cela a donné un sens à leur confinement. - © B. Schmitz - RTBF

Les ados sont parfois pointés du doigt ces dernières semaines. Ils braveraient le confinement, ils auraient des comportements dangereux ou encore ils passeraient leur temps sur internet ou ne feraient rien à la maison.
"C'est peut-être parce qu'on s'y prend parfois mal avec eux", affirme un psychiatre. Selon lui, la meilleure manière d'éviter ça, c'est en responsabilisant les adolescents. Par exemple, via du volontariat. Pour le vérifier, nous nous sommes rendus auprès de jeunes du club de futsal des Espoirs de Molenbeek. Des jeunes qui se bougent depuis plusieurs semaines déjà. 

Ils s'appellent Salah, Soufiane ou Bilel. Ils ont 16, 18, ou parfois juste 20 ans. Et depuis quelques jours, ils sont là chaque après-midi pour préparer des colis alimentaires et les distribuer aux plus démunis du quartier. Parfois 150 colis par jour. "Mon confinement, avant cela, c'était chambre à coucher, télévision, Netflix… On était bloqué, quoi !", explique l'un de ces jeunes.

Un autre poursuit. "Moi, je m'ennuyais, je n'avais rien à faire et je passais beaucoup de temps à "glander" sur internet. Alors qu'ici, on décroche de notre téléphone. On ne voit pas le temps passer parce qu'on est occupé pendant plusieurs heures à trier les aliments, faire les sacs et distribuer les colis alimentaires". 

L'adolescence est une quête de sens

Occuper ces ados, donner un sens à leur journée, c'est la clé, selon le psychiatre et professeur d'université à l'UCL Nicolas Zdanowicz. Cela permet aussi d'éviter de devoir leur donner des ordres qu'ils ne suivront pas. "A l'adolescence, un des enjeux est que vous deveniez adulte. Et un adulte, a priori, il se fait sa propre loi. Donc, si on s'adresse aux adolescents en leur disant : voilà, vous êtes confinés à la maison et, j'exagère un peu, taisez-vous toute la journée, et bien on les repousse dans le monde de l'enfance, eux qui sont désespérément en train d'essayer de sortir du monde de l'enfance et de devenir des adultes. Il faut donc au maximum éviter d'employer l'impératif avec eux, comme "tu dois", mais plutôt les impliquer et les responsabiliser. Sinon, on les pousse vraiment à se rebeller en bravant cet interdit".   

Des situations que le bénévolat aiderait à éviter, selon le psychiatre. "Ce bénévolat ou cet engagement (cela peut être aussi simplement de coudre des masques en cette période où ils sont très recherchés), il permet d'abord souvent aux jeunes de retrouver du contact avec d'autres personnes, hors du cercle familial. Ce qui est crucial pour les ados, beaucoup plus encore que pour les adultes. Ensuite, participer à un projet permet à ces jeunes de trouver un sens à leurs journées, un sens pour se lever le matin. Cela les transforme en acteurs utiles dans la crise que nous vivons. Et, du coup, cela les responsabilise positivement. Ils se sentent donc valorisés et ont beaucoup moins envie de braver des interdits, parce que cela nuirait à une cause qu'ils aident à défendre". 

A Molenbeek, les jeunes confirment que leur quotidien à changé depuis qu'ils participent au projet de colis alimentaires. "Croyez-moi, on se sent apaisé après une journée ici parce qu'on a le sentiment d'avoir fait quelque chose de très, très utile. Cela permet aussi d'avoir beaucoup moins de conflits à la maison puisqu'on n'est plus coincé en permanence toute la journée avec ses parents et ses frères et sœurs".

Un autre jeune raconte. "Hier, j'ai participé à la distribution des colis qu'on dépose devant chez les gens dans le besoin qui font appel à nous. Nous sommes notamment passés chez une dame âgée qui m'a expliqué que cela fait deux ans qu'elle ne sort presque plus de chez elle. Elle n'a pas de famille, pas d'enfant et personne qui peut l'aider. C'est un peu triste, je trouve. Surtout qu'on vit dans un pays génial où on n'a pas le droit de se plaindre parce qu'on a des aides sociales et des choses comme ça. Mais cette situation m'a fait mal au cœur. Du coup, ça m'a donné encore plus d'énergie pour m'impliquer ici parce qu'on se rend compte qu'il y a vraiment des personnes dans le besoin et que nous, aussi, on peut faire du bien". 

Sans oublier que ce projet du Club de Futsal des Espoirs de Molenbeek, et de son responsable Tarek Lassri, renvoie une belle image des jeunes eux-mêmes, de leur quartier et, ici, de leur club de foot. Bref, une recette qui semble efficace. "On est fier de nous, quoi. Juste fier de nous", conclut l'un de ses jeunes, épuisé mais un grand sourire aux lèvres au moment de soulever un nouveau colis. 

 

Si vous souhaitez soutenir ce projet des Espoirs de Molenbeek, vous pouvez faire un don au numéro de compte BE35 3630 6080 9037. Pour les infos, le numéro de téléphone à former est le 0489/ 00 92 65, accessible du lundi au vendredi de 12h à 16h. Le QG du club et de la distribution se trouve rue de Ribeaucourt 48 à Molenbeek. De nombreux commerçants des environs sont déjà solidaires de l'initiative en offrant les vivres qui sont ensuite donnés aux personnes dans le besoin. 

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