La violence conjugale, autre face sombre du coronavirus, reste élevée à Bruxelles

Une vue de cet hôtel, pas tout à fait comme les autres
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Une vue de cet hôtel, pas tout à fait comme les autres - © B. Boulet - RTBF

La crise sanitaire aura bel et bien eu un impact sur les violences conjugales. Les appels aux services d’aides aux victimes ont été multipliés par trois durant le confinement. L’hôtel qui a été ouvert pour accueillir les victimes et ainsi faire face à la saturation des maisons d’accueil est resté complet. Il l’est toujours aujourd’hui. Pour comprendre le phénomène, nous nous sommes rendus sur place, dans cet hôtel.

Le déclic pour dire stop

Installée dans la salle à manger de l’hôtel, cette mère de trois enfants, confie qu’elle a subi des violences physiques, psychologiques et financières de son mari pendant des années. C’est au confinement, dit-elle, qu’elle a ouvert les yeux. Elle était devenue esclave. "Je devais courir à droite et à gauche, assumer un foyer toute seule. Et là, j’ai eu un déclic, je me suis dit : je suis noyée de dettes, je suis battue, je suis détruite moralement, mais je dois en plus me battre durant cette période difficile. Alors, si c’est comme ça, je le fais toute seule. Et en paix".

Avec ses grands yeux marrons, et son doux sourire qui illumine son visage, cette autre mère nous explique pourquoi elle a trouvé refuge ici, au printemps avec ses quatre enfants. "Le jour où il a commencé à violenter ma grande fille, c’est là que je me suis dit, c’est bon, c’est trop".
Cela faisait 18 ans qu’elle supportait les coups de son mari. Mais pendant le confinement, la situation s’est dégradée. "S’il n’y avait pas eu le confinement, il n’y aurait pas eu cette intensité. Parce qu’il est capable d’être calme et d’être gentil. Mais avec le confinement, cette gentillesse, elle n’est plus là".

Soit on quitte ça maintenant, soit ça va peut-être carrément être la fin pour moi

Souvent, le stress, la consommation de drogues, d'alcool... ont contribué à exacerber la violence déjà présente. Au printemps, le nombre d'appels vers les services d'aide et  la demande d'hébergement ont triplé. Car chez les victimes, la prise de conscience a été décuplée. "Elles ont pu vraiment se rendre compte à quel point ce contrôle permanent était insupportable", explique Yamine Zaazaa, la directrice de l'hôtel. "L'intensité des tensions qui sont toujours présentes au quotidien deviennent alors insupportables".   

Dans de nombreux cas, le confinement a été l'élément déclencheur pour aider ces femmes à faire le pas, et partir. "C'est parce qu'elles ont vu qu'elles allaient désormais rester avec leur mari non-stop, en tête-à-tête, et c'est cela qui fait peur", détaille Valérie Boon, assistante sociale. "Ces dames ont compris : soit on quitte ça maintenant, soit ça va peut-être carrément être la fin pour moi".   

Avec la crise économique, le stress, la précarité, ces violences se sont parfois prolongées dans certaines familles. Dans certaines familles, les prises de conscience n'arrivent qu' aujourd'hui. Le réseau d'accueil continue de saturer, les listes d'attente n'ont pas diminué. 

"Si vous êtes confronté(e) à ce genre de situation, le mieux est d'appeler la police ou le numéro gratuit 0800/30 030 qui est une ligne d'écoute spécialisée et dédiée aux victimes de violences conjugales", rappelle Frédéric Benne le co-directeur du Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales à Bruxelles, qui gère deux maisons d'accueil pour ces victimes, ainsi que l'hôtel. 

Journal télévisé 11/04/2020

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