La motion pour éviter les discriminations à l'emploi des femmes voilées justifiée à Molenbeek ?


C'est le dossier qui fait des vagues ces derniers jours à Molenbeek. Le conseil communal vient d'adopter une motion anti-discrimination. Objectif, notamment, garantir que les femmes qui portent le foulard ne soient pas discriminées pour accéder à des emplois dans l'administration communale.
Alors, question simple, jusqu'ici, celles qui portent le voile, elles étaient discriminées ?

Des témoignages

A la commune de Molenbeek, on nous affirme que non. La preuve, nous dit-on, il y a bien en ce moment plusieurs femmes voilées qui travaillent pour la commune. Mais nous avons aussi récolté le témoignage de trois femmes voilées qui, elles, affirment le contraire.

L'une d'entre elles a 38 ans. Elle explique qu'elle avait même été sélectionnée et lauréate pour un poste parmi de multiples candidats et au terme d'un processus de recrutement en plusieurs étapes. "J'ai reçu un courrier disant que ma candidature avait été retenue et que je pouvais venir à la commune pour signer mon contrat. J'ai rencontré là une personne qui m'a dit que pendant les heures de travail, je devrais retirer mon foulard. J'ai alors répondu que je ne comprenais pas, qua j'avais passé deux tests et qu'à aucun moment on ne m'a dit de retirer mon foulard ou que je devrais le retirer pour travailler". 

Le vide juridique aurait permis des interprétations

Alors, que dit ce fameux règlement actuel de travail à Molenbeek ? Et bien, en fait, rien du tout ! Et là, les deux camps sont d'accord. Il n'y a pas une ligne aujourd'hui dans ce règlement qui parle de neutralité ou qui bannit le port de signes convictionnels, comme le voile.

Et ce vide, selon les femmes voilées que nous avons contactées, c'est cela qui aurait permis à certains recruteurs de leur demander de retirer leur foulard si elles voulaient le job. 

Une motion qui doit faire clarifier les choses

Et c'est pour cela que la motion votée au conseil communal doit préciser les choses. Cette motion demande à la majorité d'imposer à l'avenir ce qu'on appelle une "neutralité inclusive", c'est à dire qu'on ne pourra juger les travailleurs que sur les actes qu'ils posent et pas sur ce qu'ils portent.

Un groupe de travail va être mis en place pour faire une proposition, au plus tard, en janvier. De quoi tenter d'éviter toute polémique ou possibilité d'interprétation personnelle sur le voile à l'avenir dans les recrutements à Molenbeek. 

A Molenbeek, mais pas seulement

Mais la question du port du voile pour les employées se pose bien sûr dans les autres communes et d'ailleurs toutes les autres administrations bruxelloises. Le sujet est d'autant plus sensible que certains partis politiques sont loin d'être unanimes sur la question, tiraillés qu'ils sont entre pro- et anti-signes convictionnels dans la fonction publique. 

Pour distinguer les points de vue en présence dans le dossier des signes convictionnels, on parle de laïcité inclusive et de laïcité exclusive. Les tenants de la laïcité inclusive sont partisans de ce qu'on appelle les accommodements raisonnables, pour tenir compte des spécificités de chaque culte reconnu. Pour les défenseurs de la laïcité exclusive, aucun signe convictionnel n'est admis pour les fonctionnaires, qu'ils soient ou non en contact avec le public. Au nom de la neutralité de l'administration.

 

Des partis sur des longueurs d'ondes différentes

Le PTB est le seul parti à autoriser les signes convictionnels, aussi bien dans la fonction publique que dans le privé pour tous les travailleurs. A l'opposé, MR et DéFI défendent une interdiction totale dans la fonction publique. "Le principe de neutralité qui est inscrit dans plusieurs textes de loi est fondamental et il garantit l'égalité de traitement de tous les citoyens face à l'administration", explique Françoise Schepmans, échevine de la culture et de l'état civil de Molenbeek. 

Quant au CDH, au PS et Ecolo, leur position sont plus nuancées. Le CDH n'a pas vraiment exprimé un point de vue clair sur la question. Mais à Molenbeek, les élus CDH ont voté en faveur de la motion visant à autoriser le port de signes convictionnels dans l'administration. Le PS, quant à lui, est divisé entre une aile très laïque, incarnée par Philippe Close, et une tendance plus inclusive, défendue par Ahmed Laaouej. C'est cette tendance qui l'a emporté à Molenbeek. Ecolo est aussi divisé sur la question. Mais il penche en faveur d'une laïcité inclusive pour ce qui ne relève pas des fonctions d'autorité. 

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