Devenu inadapté, le parcours scolaire des adolescents réfugiés ?

Julie Dock donne cours de français aux ados primo-arrivants au Campus Saint-Jean (Molenbeek)
Julie Dock donne cours de français aux ados primo-arrivants au Campus Saint-Jean (Molenbeek) - © RTBF

En fédération wallonie-Bruxelles, les jeunes primo-arrivants bénéficient d'un dispositif d'accueil et de scolarisation particulier: les "daspa", les anciennes "classes passerelles". Concrètement, c'est une année d'apprentissage (prolongeable jusqu'à 18 mois) qui doit permettre surtout la mise à niveau de la connaissance de la langue française. L'idée est qu'ensuite ces jeunes puissent rejoindre de manière optimale les écoles primaires et secondaires de la fédération Wallonie-Bruxelles.

Le hic, c'est qu'aujourd'hui, cette année ne suffit plus, pour une partie d'entre eux, en tout cas, à Bruxelles, et dans le secondaire.

 

Explosion du nombre d'adolescents primo-arrivants analphabètes

"On peut constater que depuis cette rentrée scolaire (septembre 2015) le nombre d'élèves non alphabétisé dans leur langue d'origine a vraiment extrêmement augmenté, explique Julie Dock, professeur de français pour adolescents primo-arrivants au campus Saint-Jean à Molenbeek. Dans notre établissement, sur la ciqnuantaine d'élèves qui fréquentent ces classes, on peut dire que jusqu'ici 7 ou 8 élèves présentaient de vrais problèmes d'alphabétisation. Cette année, on en a  23. Il y a vraiment une explosion du nombre".

Alain Clignet, le coordinateur Daspa au sein de la même école, va dans le même sens, depuis son bureau, où il gère les différents dossiers : "on a ici des jeunes qui arrivent et qui n'ont jamais fréquenté l'école. Ou alors à peine une ou deux années. Ils ne savent même pas écrire leur nom dans leur langue d'origine". 

 

Un enseignement destiné aux premières maternelles

L'explication tient du fait que les jeunes syriens sont arrivés en nombre, récemment. Des irakiens aussi. des jeunes qui fuient des pays en guerre. "Ils ont été en rupture de scolarité pendant très longtemps puisqu'il n'y a plus d'école dans certaiones régions et des chemins de l'exil prennent parfois un an ou deux, poursuit Julie Dock. Tous ces jeunes se retrouvent sans code scolaire. Ca demande aux professeurs de vraiment adapter leur façon d'enseigner. On en vient à reprendre l'apprentissage destiné en principe aux enfants de 2 ans et demi, en Belgique. Des notions de socialisation, de simples notions comme celle du temps, la gestion de l'espace, le geste graphique (apprendre à tenir un crayon)". Ca demande aussi de regrouper les élèves par niveau de scolarisation. C'est ainsi que cette année, le Campus saint-Jean compte trois classes d'analphabètes.

"Le problème dramatique, conclut Julie Dock, est qu'au terme de cette année, il est impossible d'avoir alphabétisé l'élève. Mais il faudra pourtant le réorienter, obligatoirement, vers une classe du secondaire".

 

Allonger le dispositif Daspa?

L'équipe pédagogique du campus Saint-Jean en est sûre: il faut créer la possibilité d'allonger cette formation. D'un an au moins, ou deux, ou même trois ou quatre selon les cas. Pour Alain Clignet: Il faudrait avant tout reconnaitre le fait de la non alphabétisation. Donner la possibilité aux enseigner de se former. Et ensuite arrêter de s'imaginer qu'en un an, on va rattraper 7-8 ans de scolarité , ça n'a aucun sens.

Au cabinet de la Ministre CDH de l'Education Marie-Martine Schyns, on reconnait que "pour certains primo-arrivants, la durée est trop courte. Une période plus longue pourrait être envisagée. Une réflexion est lancée en ce sens".

 

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