Harcèlement en dentisterie: que savait au juste l'ULB?

Les informations s’accumulent et les témoignages s’amoncellent depuis nos révélations sur le harcèlement systémique auquel se livrent un noyau de professeurs et d’assistants sur des étudiants en sciences dentaires. La réalité des faits ne semble pas pouvoir être niée, tant les exemples de vexations, brimades, injures et d’arbitraire arrivent de toutes parts, aussi bien d’étudiants actuels que de diplômés récents. Des collectifs d’anciens étudiants en sciences dentaires sont d’ailleurs en voie de constitution pour fournir aux autorités académiques de l’ULB les témoignages et les preuves qu’elles souhaitent récolter dans le cadre de leur enquête.

Qui était au courant du harcèlement?

Officiellement, les responsables de l’université ont découvert l’ampleur du problème mercredi passé au cours d’un conseil facultaire. Et c’est plus récemment encore que l’équipe rectorale dit avoir pris connaissance des 97 pages de témoignages et de questions compilés à l’initiative du bureau des étudiants en médecine. Chargé d’enquêter et d’entendre les enseignants mis en cause, le vice-recteur aux affaires étudiantes, Alain Levêque (par ailleurs médecin), affirme que personne n’avait idée de ce qui se passait en dentisterie. "En tout cas pas en haut lieu. Je pense que ces faits ont déjà été notamment en lien avec les post-gradués en médecine. Il y a eu une émission à la télévision, récente, qui a mis en évidence les difficultés rencontrées par ces étudiants. C’est vrai que la dentisterie n’était pas mise en avant dans ce reportage. Les faits, s’ils sont confirmés, sont des faits extrêmement graves et que nous allons documenter."

Pourtant, nombreux sont les témoignages en sens contraire. Une étudiante évoque une lettre collective envoyée en 2017 aux autorités académiques pour dénoncer le climat de harcèlement en sciences dentaires. Un autre témoignage, pour le même document, utilise le terme de "cahier de doléances". A l’époque, aucune initiative ne semble avoir été prise pour tenter d’objectiver les faits et, le cas échéant, y mettre un terme.

Sur les réseaux sociaux, un ancien assistant en sciences dentaires témoigne : "L’ULB me fait bien rire. Ils savaient TRES BIEN ce qu’il se passe en dentisterie depuis des années puisque tout était dans ma lettre de démission et que j’ai été convoqué par les autorités pour m’expliquer sur ce que j’avais écrit. J’ai démissionné de mon poste d’assistant en septembre, rien n’a visiblement été fait depuis. […]".

Une ancienne étudiante nous explique être allée voir le vice-recteur Alain Levêque, en octobre 2018, pour demander une dérogation après avoir été déclarée non finançable. Elle était munie d’un certificat médical faisant état d’un "épisode de tétanie et d’hyperventilation durant travaux pratiques" et a fait état de ce qui se passait au sein des sciences dentaires, sans obtenir autre chose que des commentaires d’ordre général sur la difficulté des études de dentisterie.

Si l’inaction des autorités académiques devait se confirmer, en dépit des signaux très clairs envoyés par des étudiants et un assistant depuis plusieurs années, c’est l’institution elle-même qui pourrait bientôt se trouver sur la sellette. Entre-temps, deux des enseignants ont été suspendus.

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