Ex-membre d'Al-Qaïda, il témoigne auprès des jeunes tentés par le djihad

Mourad Benchellali
Mourad Benchellali - © RTBF

En 2001, Mourad Benchellali, un Français de 19 ans, est parti rejoindre les rangs d'Al-Qaïda, en Afghanistan. Il y est resté deux mois. Il a ensuite été envoyé à Guantanamo. Libéré depuis plusieurs années, l'homme porte un message aux jeunes français ou belges qui voudraient partir faire le djihad.

En 2001, Mourad Benchellali a 19 ans. Son frère revient d’Afghanistan et l’incite à partir. Le jeune homme n’a pas beaucoup de perspective devant lui. Il a un vide à combler. Et puis, il est fasciné par les montagnes, par ce pays qu’il a vu à la télévision. Il décide de partir.

Il raconte aujourd'hui dans quel état d'esprit il a fait ce voyage: "Pour moi, la religion est le prétexte. Moi, je pars vraiment avec l’idée de sortir du quartier, de voyager, de vivre une aventure exceptionnelle. Je pars dans l’idée de ne pas y rester longtemps. Je pars pour deux mois. Je pars en juin, je reviens en septembre, ça ira très bien. J’y vais pour me la raconter aussi parce qu’à l’époque l’Afghanistan, le fait d’y aller, pour avoir une aura en fait. Ceux qui reviennent ont une aura. Il y avait quelque chose de sacré".

Pas ce que j'avais imaginé

Arrivé sur place, il se retrouve dans un camp d’entraînement d’Al-Qaïda près de Kandahar et ce n’est pas vraiment ce à quoi il s’attendait. Il se rend compte qu’il ne connaît rien à la situation du pays. "Non, je ne m’y intéressais pas. Je n’étais pas du genre à passer la soirée à regarder les infos au journal télévisé. J’étais un jeune comme les autres préoccupé par les soucis quotidiens plutôt que par la politique. J’avais une vision très manichéenne d’un conflit. Pour moi, c’étaient les Talibans, les autres, et puis il n’y avait rien d’autre. Quand je suis arrivé sur place, c’était très compliqué. Ça n’avait rien à voir en fait avec ce que j’avais imaginé" poursuit-il.

Mourad Benchellali se trouve en Afghanistan au moment où les attentats du 11 septembre ont lieu. Après une série de péripéties, le jeune homme est livré aux Américains. Il part pour la prison de Guantanamo où il restera deux ans et demi. Il est encore emprisonné un an et demi après cela en France.

"Quand j’étais en prison, il y avait des jeunes qui venaient me voir, qui me disaient 'Mourad, j’ai entendu dans les médias que tu étais parti faire le djihad et pour moi c’est super. Je vais faire la même chose'. Et donc, j’ai compris qu’il y avait des jeunes qui pouvaient s’identifier à mon histoire pour les mauvaises raisons".

Se retrouver complice

Mourad Benchellali comprend qu’il peut jouer un rôle auprès de ces jeunes tentés par le djihad : "C’est-à-dire que j’ai pu idéaliser, comme eux peuvent idéaliser une terre de djihad, que j’ai pris conscience de la complexité d’un conflit, des manipulations. Ce sont des groupes sur place, la possibilité de se retrouver complice de groupes terroristes, donc c’est toute cette réalité que je leur explique".

L'histoire de Mourad Benchellali résonne avec celles des jeunes partis en Syrie ces dernières années. C’est pour cela qu’il est à Bruxelles ces jours-ci, pour parler aux jeunes dans différentes communes, notamment à Molenbeek où Olivier Vanderhaegen est responsable de la prévention, un des axes – dit-il – c’est la capacité d’un tel intervenant à déconstruire les théories des complots qui font recette chez ces jeunes, notamment à propos du 11 septembre 2001.

"Quand on a quelqu’un qui a vécu ça de l’intérieur, qui vient nous dire 'moi j’ai rencontré Ben Laden'. Donc, Ben Laden existe. Que quelques jours avant les attentats du 11 septembre, il nous a dit qu’il y aurait quelque chose qui se passerait aux États-Unis, on ne peut pas remettre ça en question. C’est impossible", selon lui.

Distinguer le bien du mal

Face à ces jeunes, Mourad Benchellali c’est un interlocuteur crédible, légitime, et qui ne positionne pas de manière normative. Il vient pour raconter son histoire et pas pour dire ce qui est bien ou ce qui est mal.

"Moi j’ai un vécu que j’essaie de partager avec les jeunes en leur disant 'attention, voilà ce que c’est la réalité'. Partager avec eux sans être un donneur de leçon. Je ne leur dis pas que le djihad c’est bien ou pas bien. J’ai un point de vue là-dessus, mais je ne leur fais pas la leçon, je leur dis 'voilà, moi ce que j’ai vécu, vous en faites ce que vous voulez'. Et j’ai remarqué que c’est beaucoup plus efficace comme ça finalement" conclut-il.

Faire confiance à ces jeunes pour distinguer le bien du mal, c'est un des messages que porte Mourad Benchellali.

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