Evere veut décourager la vente de gaz hilarant

Les capsules de protoxyde d'azote passent presque inaperçu au rayon d'accessoires à pâtisseries de ce supermarché d'Evere, juste à côté des spatules de cuisine et autres moules à gâteaux.
3 images
Les capsules de protoxyde d'azote passent presque inaperçu au rayon d'accessoires à pâtisseries de ce supermarché d'Evere, juste à côté des spatules de cuisine et autres moules à gâteaux. - © B. Schmitz - RTBF

Vous avez peut-être déjà vu ces tas de petites bombonnes de gaz abandonnées dans la rue. Il s'agit en fait de cartouches de protoxyde d'azote. Un gaz destiné à l'origine à la cuisine, pour assurer la pression dans un syphon à chantilly mais qui, depuis quelques années, est aussi utilisé comme drogue euphorisante. Le contenu extrêmement froid de la capsule est d'abord libéré dans un ballon pour se réchauffer au contact de l'air ambiant, avant d'être inhalé à partir du ballon. 

On retrouve de plus en plus de ces petites capsules dans les rues bruxelloises et notamment à Evere, où on s'inquiète du phénomène et où on a décidé d'agir en visant plutôt les magasins.  

Une drogue parfaitement légale

Toutes cette semaine, la commune va donc envoyer ses gardiens de la paix, qui assurent d'habitude plutôt un premier contact de quartier avec les habitants ou qui gèrent les traversées de routes lors des entrées et des sorties d'écoles, pour visiter une centaine de magasins sur son territoire.

Le nombre d'établissements qui proposent ces capsules est en effet en augmentation. "Il y a quelques années, on ne trouvait pas ces petites bombonnes dans les petits magasins d'alimentation générale, de fruits et légumes, ou encore dans les night shops. Mais aujourd'hui, beaucoup l'ont ajouté à leur assortiment parce que la demande est en hausse", explique Sufian El Moussaoui, le coordinateur des gardiens de la paix à Evere. 

Par exemple, dans un hypermarché bien connu dans la commune, on retrouve ces petites capsules en vente au rayon accessoires en pâtisseries, coincées entre des spatules lèches-plats et des moules à gâteaux. En vente libre. Donc disponibles à tous, mineurs comme majeurs. Le porte-parole de l'enseigne Marco Demerling confirme être au courant de l'usage détourné de ce gaz comme drogue hilarante. "Oui, nous savons que certains n'achètent pas cela pour faire de la cuisine. Mais on est un peu démuni puisque aucune loi n'interdit la vente ou l'achat de ce produit, même pour les mineurs".  

Des conséquences potentiellement graves pour la santé

Du coup, au nom de la commune d'Evere, les gardiens de la paix qui visitent l'hypermarché demandent des aménagements. "Vous pourriez par exemple les mettre dans une vitrine fermée à clé ou alors derrière les caisses", suggère Sufian El Moussaoui. "Histoire qu'ils soient moins accessibles, notamment aux mineurs". A l'instar de ce qui se fait déjà pour les cigarettes et le tabac par exemple. Le porte-parole du magasin promet d'y réfléchir et de trouver "une solution appropriée".  

Il est vrai que les conséquences potentielles sur la santé ne sont pas négligeables. "Le protoxyde d'azote provoque d'abord des maux de tête et parfois des pertes d'équilibre", explique Bruno Valkeneers de l'ASBL Transit, spécialisée en drogues et en accompagnement de personnes toxicomanes. "Vous imaginez donc les risques lorsque quelqu'un prend le volant après avoir absorbé ce gaz. Et puis, il y a ceux qui ont une très grosse consommation. Dans les pays anglo-saxons, des études ont prouvé que ceux-là risquent une espèce de sclérose de la moelle épinière, ainsi que des paralysies des membres supérieurs ou inférieurs". 

D'où l'importance de sensibiliser les magasins. A Evere, les gardiens de la paix espèrent arriver à en pousser certains à arrêter de vendre ces capsules de protoxyde d'azote. Pour les autres, la commune espère les convaincre, pourquoi pas, d'installer des panneaux ou des posters qui précisent les risques pour la santé, comme ce qui se fait déjà pour le tabac.

Les gardiens de la paix d'Evere vont aussi recevoir une formation à propos de ce protoxyde d'azote au sein de l'ASBL Transit, avec pour objectif de pouvoir réagir au mieux sur le terrain lorsqu'ils croisent des personnes en train de consommer ces petites capsules.  

L'émission "on n'est pas des pigeons" s'intéressait à la vente de ces cartouches de gaz aux mineurs, ce 16/10

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK