Elections communales 2018 à Saint-Josse: Emir Kir conservera-t-il sa majorité absolue?

Le début de la chaussée de Louvain qui a cristallisé les passions à Saint-Josse
Le début de la chaussée de Louvain qui a cristallisé les passions à Saint-Josse - © RTBF

Définitivement, Saint-Josse n’est pas une commune comme les autres.

Avec son unique petit km², elle est l’entité la plus étriquée de la Région bruxelloise. Il faut à peine un quart d’heure pour la traverser à pied. Ce qui ne l’empêche pas d’accueillir plus de 27.000 Tennoodois de 150 nationalités différentes : elle est aussi la plus dense, et particulièrement métissée.

Sa singularité ne s’arrête pas là, hélas. Parce qu’à Saint-Josse vivent les citoyens les plus pauvres du pays (si l’on regarde le revenu moyen par habitant). Ils perçoivent en moyenne annuellement 8690 euros, c’est-à-dire qu’ils vivent avec deux fois moins d’argent que la moyenne belge.

Saint-Josse pauvre… et riche à la fois

Mais ça n’empêche pas la commune d’avoir des ressources : les taxes sur les bureaux (tours Belgacom et Rogier) lui rapportent et lui permettent même de faire partie du club restreint des communes bruxelloises à ne pas être tenues par un plan d’assainissement régional. Enfin, en plus d’être petite, dense, pauvre et riche à la fois, St Josse est aussi LA plus jeune commune de Belgique (l’âge moyen y est de 33 ans).

65 ans de pouvoir socialiste

A la tête de cette commune de tous les superlatifs, le socialiste belgo-turc Emir Kir. Alors Secrétaire d’Etat bruxellois, il a ravi l’écharpe maïorale de Jean Demannez aux élections d’octobre 2012, au terme d’une négociation houleuse et au prix de sa place dans l’exécutif régional. Son parti, le PS, dispose d’une majorité absolue au conseil communal (élargie au CDH). En octobre 2018, il fêtera, à quelques jours près, à la fois ses 50 ans et sa réélection comme Bourgmestre... à moins que ses coriaces adversaires politiques parviennent, ensemble, à mettre un terme à 65 ans de pouvoir socialiste.

Amateurisme

Ils en ont marre, les écolos, les libéraux et les autres dans les rangs de l’opposition. Pour eux, c’est évident : la commune est mal gérée. A les entendre, Emir Kir et son équipe sont les maîtres de l’amateurisme : les champions du dossier incomplet, de l’erreur d’estimation, les super-héros de la mauvaise utilisation de subsides. Et le tout sur fond de mégalomanie : ils seraient aussi les rois du projet démesuré (nouvelle Maison communale).

Garderie gratuite et chèques-sport 

Emir Kir s’en défend : les finances ont été assainies, dit-il. Il en veut pour preuve " les comptes en équilibre, malgré les nombreux efforts réalisés pour soulager les familles ". Au niveau des réalisations concrètes, on retiendra les quatre nouvelles crèches, la garderie gratuite pour tous les écoliers, les chèques-sport de 250 euros par enfant, l’ouverture d’un guichet " primes ", la gratuité des documents administratifs, l’effort en matière de propreté publique, et la réduction du temps de travail pour certains fonctionnaires communaux. Sans oublier l’acquisition d’une Maison des cultures, et d’une nouvelle Maison communale.

Du pain et des jeux

" Du pain et des jeux !" pour Zoé Genot (Ecolo) et Geoffroy Clerckx (MR), qui constatent une multiplication des fêtes de quartier et autres braderies, mais s’interrogent toujours sur ce qui a été fait pour améliorer les écoles de St Josse. Ecolo attend aussi un plan de mobilité. Et les libéraux regrettent le laxisme en matière d’incivilités.

Le PS attendu au tournant

Quoi qu’il en soit, ce travail de la majorité PS-CDH, les électeurs seront amenés à l’évaluer, en octobre 2018. Mais d’autres facteurs interviendront naturellement : où se reporteront, par exemple, les voix accordées en 2012 à l’ancien Bourgmestre Jean Demannez ? Quitteront-elles la liste PS-sp.a emmenée par Emir Kir ? Les " affaires " Samusocial et Nethys iront-elles jusqu’à créer des remous dans cette petite commune socialiste depuis 1953 ?

Il ne faudrait pas qu’Emir Kir y laisse trop de plumes. Parce que ses adversaires l’attendent au tournant, eux qui rêvent de pouvoir en finir avec lui, en s’unissant.

Le CDH en maître de cérémonie ?   

Un rêve inaccessible ? Pas forcément : avec deux sièges de moins pour la liste du Bourgmestre (elle en détient 16 sur 29 aujourd’hui), le jeu s’ouvrirait, et le partenaire CDH pourrait alors choisir son camp. L‘échevin des travaux publics et tête de liste CDH, Eric Jassin, aurait tort de ne pas laisser monter les enchères.

Finalement, le jeu est peut-être plus ouvert qu'il n'y paraît dans la petite commune bruxelloise de Saint-Josse.

Ecoutez ci-dessous les enjeux des élections à St-Josse

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