Drogues à Bruxelles : le nombre d'infractions a doublé en dix ans

Drogues à Bruxelles : le nombre d'infractions a doublé en dix ans
Drogues à Bruxelles : le nombre d'infractions a doublé en dix ans - © BRUNO FAHY - BELGA

C'est le constat principal et pour le moins interpellant que tire la nouvelle administration Bruxelles Prévention et Sécurité (BPS), dans son tout premier Cahier qu'elle consacre à la consommation de drogues à Bruxelles.

Sur la même période de dix ans, le nombre d'infractions liées à la drogue est stable en Wallonie et en Flandre. Pourquoi ces tendances si différentes? Comment expliquer cette explosion de la criminalité spécifique à Bruxelles? Certainement pas par la consommation des Bruxellois, qui est stable. 

Il y a une attention beaucoup plus particulière à l'égard des drogues

C'est enfait du côté des policiers qu'il faut creuser. Plus de zèle : c'est le sens des directives données aux agents bruxellois ces dernières années. "En conséquence, d'un point de vue criminalité enregistrée et chiffres policiers, on constate une augmentation." explique Jamil Araoud, directeur général de BPS.

Il n'y a là pas encore de quoi expliquer le fossé entre statistiques bruxelloises d'un côté, et wallonnes et flamandes de l'autre. La forte densité démographique à Bruxelles semble jouer un rôle dans la mesure où le zèle policier porte vite ses fruits dans la capitale : "la Région bruxelloise a un caractère urbain, avec des événements festifs et récréatifs. C'est un type d'environnement où il est fort probable d'être confronté à des situations où l'usage de drogues est plus répandu", argumente Jamil Araoud.

A ne pas négliger non plus, un possible report des activités illicites des Pays-Bas vers Bruxelles, suite à la décision de plusieurs villes frontalières néerlandaises à partir de 2012 d'interdire la vente de cannabis aux étrangers. 

Les autorités veulent humaniser les politiques drogues. Mais ça ne suit pas au niveau des pratiques

Que la police "fasse du chiffre", cela ne réjouit pas le secteur associatif qui vient en aide aux toxicomanes. En épluchant les statistiques policières, Sébastien Alexandre est amer de constater que les autorités s'attaquent très peu aux producteurs, importateurs ou revendeurs de drogue.

"80% de ces infractions sont liées à la détention ou à l'usage de drogues. C'est complètement paradoxal par rapport à la politique belge, explique le directeur de la Fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes. La politique belge prévoit une certaine tolérance au niveau du cannabis et indique que la trajectoire judiciaire doit être l'ultime recours. Au niveau officiel, au niveau des autorités, il y a donc une volonté d'humaniser les politiques drogues. Mais au niveau des pratiques, cela ne suit pas encore pour le moment", regrette Sébastien Alexandre qui conclut en affirmant que "l'interdit en matière de drogues ne fonctionne pas et peut même empirer des situations en amenant des personnes à avoir des parcours judiciaires plutôt que sanitaires."

Sans aller aussi loin, l'administration Bruxelles Prévention et Sécurité fait un pas dans la même direction. Dans les conclusions de son premier Cahier consacré à la consommation de drogues, on peut lire cette recommandation adressée aux mandataires politiques : "Le cannabis est la substance pour laquelle les infractions enregistrées sont les plus nombreuses. Le débat sur la pertinence de l'approche répressive en la matière est ouvert."

 

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