Deux travailleuses du sexe de Saint-Josse portent plainte contre leur propriétaire pour proxénétisme immobilier

Deux prostituées se rebellent contre leur propriétaire dans le quartier Nord
Deux prostituées se rebellent contre leur propriétaire dans le quartier Nord - © Rtbf

Deux travailleuses du sexe du quartier Nord, à Saint-Josse, déposent plainte avec constitution de partie civile contre leur propriétaire ce vendredi. Elles leur reprochent d'avoir exploité leur prostitution en exigeant un loyer démesuré pour le rez-de-chaussée - souvent insalubre - dans lequel elles travaillent.

Proxénétisme immobilier

C'est la notion de proxénétisme immobilier qui se trouve au coeur de la plainte des deux TDS, soutenues par UTSOPI, un syndicat de défense des travailleurs et travailleuses du sexe. Laurent Lévi, leur avocat, développe : "Le proxénétisme immobilier se définit comme la mise à disposition ou la location de locaux aux fins de la prostitution en en tirant un profit anormal. Mais un profit anormal qui est motivé précisément parce que le local est destiné aux fins de la prostitution. Et donc en fait le proxénétisme immobilier revient à une exploitation de la prostitution d'autrui par le biais du bien qui sert de local."

Reste à déterminer ce qu'est un "profit anormal". Laurent Lévi pointe du doigt le montant des loyers : "On comprend rapidement qu'un rez-de-chaussée insalubre de 30-40 mètres carrés à 2000/3000 euros par mois, c'est un profit anormal et donc qu'il y a exploitation de la prostitution d'autrui dans ces cas-là". 

Une plainte motivée par la crise sanitaire

Légitimement, on peut se demander pourquoi des travailleuses du sexe, qui occupent leur lieu de travail depuis souvent de nombreuses années et ont accepté en connaissance de cause la relation contractuelle avec leur bailleur, se mettent tout à coup à dénoncer le montant de leur loyer. Sonia Verstappen est la co-présidente d'UTSOPI : "Les femmes qui travaillent dans ce quartier n'ont pas d'autre choix puisqu'il y a un nombre x de carrées (les rez-de-chaussées où les femmes s'affichent en vitrine, ndr) donc elles acceptaient la situation parce que sinon, elles perdaient leur travail. Ce qui s'est passé, c'est le Covid. C'est-à-dire que les travailleurses ont été obligées depuis le moins de mars 2020 d'arrêter de travailler. Donc, elles se sont retrouvées sans aucun revenu parce que, parmi elles, il y a des personnes qui n'ont droit à aucune aide. Donc, ces personnes ont arrêté de payer leur loyer. Parfois, les propriétaires disaient "ok" mais comme ça, oralement. Mais il n'y aurait jamais eu ces plaintes si les propriétaires avaient accepté ou de réduire le loyer, ou qu'il n'y ait plus de loyer."

Une propriétaire s'explique

Propriétaire d'un immeuble rue Linné, dans le quartier Nord, madame D. se défend de toute forme de proxénétisme immobilier (elle n'est du reste pas visée par la plainte). "Finalement, mon seul crime, c'est d'avoir acheté dans le temps une maison avec une carrée et d'avoir continué à la louer comme carrée. Je ne me sens pas concernée par l'accusation de proxénétisme immobilier mais je suis agacée de me faire insulter par un tas de gens dont ce n'est pas le rôle". 

Madame D. vise ici le rôle joué par UTSOPI dans le soutien de la plainte en justice. Dans le petit milieu des propriétaires de carrées du quartier Nord, l'inquiétude est palpable. Ce dossier, en effet, pourrait faire jurisprudence. 

 

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