Mise en cause par des étudiants de sa Haute Ecole, l'enseignante Nadia Geerts est blanchie par son PO

Le 17 mars de cette année s'est déroulée une assemblée générale des représentants étudiants des sept Unités structurelles (US) de la Haute Ecole Bruxelles-Brabant. A l'ordre du jour, la décision d'adresser un courrier au collège de direction et à WBE (Wallonie-Bruxelles Enseignement) intitulé "HE2B, les représentants étudiants en colère!"

L'enseignante Nadia Geerts dans le collimateur

La HE2B a été secouée l'an dernier par une polémique au centre de laquelle se trouvait Nadia Geerts, en charge du cours de neutralité au sein de la Haute Ecole et également connue en tant que militante laïque. Sur la page FB du Conseil des Etudiants de la HE2B, l'enseignante avait marqué sa solidarité envers Samuel Paty, professeur français décapité par des fondamentalistes islamistes, provoquant des commentaires haineux et vindicatifs de la part de nombreux internautes. Depuis lors, Nadia Geerts est en arrêt maladie et n'envisage pas de reprendre les cours à la rentrée de septembre. 

Mais l'enseignante s'est également exprimée à plusieurs reprises sur l'incident dans les médias, provoquant la colère de certains étudiants. Voici le texte du courrier adressé au collège de direction de la HE2B :

"Ces derniers mois, les représentants étudiants de la Haute École Bruxelles-Brabant ont été cités pratiquement chaque semaine dans des articles par une enseignante de l’établissement, Nadia Geerts, agrégée en philosophie, essayiste, chroniqueuse dans Marianne, directrice de collection à la Renaissance du Livre, prix international de la Laïcité en 2019 et enseignante de neutralité au sein du domaine pédagogique de la HE2B. Ses articles ont commencé à la suite d’un accrochage sous une de ses publications sur un groupe privé administré par les représentants étudiants à propos de Samuel Paty. Articles qui ont repris de plus belle après l’annonce de Wallonie-Bruxelles Enseignement d'autoriser le port de signes convictionnels dans l’enseignement supérieur.

Maintenant, ça suffit ! Il n’est plus question pour les représentants étudiants de se laisser traîner dans la boue par une personne qui, depuis le début, ne s’est jamais gênée de réécrire l’histoire comme cela l'arrange, notamment quand elle écrit qu’elle n’a jamais eu de problème avec ses étudiants en le prouvant à travers une enquête alors que nous recevons chaque année des plaintes d'étudiants à son encontre, cette année ne faisant pas exception. Il n’est plus question non plus de laisser entendre qu’à cause du Conseil des Étudiants, elle n’ose plus se rendre sur son lieu de travail alors que plusieurs témoins l’ont vue sur le campus afin de vendre des livres à des étudiants d’une autre haute école.

Les représentants étudiants ne peuvent plus tolérer non plus que l’ambiance de travail au sein de l'établissement soit compromise par des affrontements entre collègues, à savoir ceux qui soutiennent Nadia Geerts et qui exhortent leurs collègues de les rejoindre, qui les traitent de lâches sur les réseaux sociaux et qui attaquent le Conseil étudiant contre ceux qui n’ont aucune objection à émettre quant à l’autorisation du port de signes convictionnels dans l’enseignement supérieur et qui subissent la situation.

L’acharnement de Nadia Geerts aura eu des conséquences importantes sur la HE2B mais aussi sur ses étudiants, son personnel qui n’ont absolument rien demandé et cela a également eu un grand impact sur notre travail et réussite personnel. Nous savons qu’il peut être délicat pour les autorités de la Haute École d’intervenir avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête, à savoir le risque qu’un article incendiaire et réadaptant la réalité ne soit publié par N. Geerts à la moindre de leur réaction mais nous pensons qu’il est plus que temps de penser à la HE2B, à l'intérêt général et à l’ensemble des êtres humains qui composent celle-ci.

Enfin, la mission principale d’un conseil étudiant est de défendre et promouvoir les intérêts des étudiants. Dans cet objectif, les représentants étudiants auraient pu rester discrets mais quand les attaques que leur établissement d'enseignement supérieur et eux-mêmes subissent les empêchent d’accomplir correctement leurs missions et nuisent à l’image de leurs étudiants, ils se doivent de réagir collectivement et d’exposer leur vérité. Nous avons tenté de joindre le Pouvoir Organisateur ainsi que le Collège de direction pour qu’une solution interne soit trouvée mais nous n’avons pas reçu de réponse. À travers ce silence, WBE n'est pas dans la capacité de garantir notre sécurité au vu des attaques et insultes dont nous avons fait l'objet de la part de personnes qui ont lu les publications mensongères de Madame N. Geerts. Pour ces raisons, si aucune réaction ne vient de leur part, nous envisagerons des actions plus concrètes et une plainte plus explicite."

Un point de non retour

Jusqu'à l'assemblée générale de mercredi, les étudiants de l'US Defré, où enseigne Nadia Geerts, avaient décidé de faire profil bas et de ne pas réagir aux accusations de leur enseignante par voie de presse, pour ne pas verser d'huile sur le feu. Mais la récente publication, sur la page Facebook de l'enseignante, d'une caricature représentant deux terroristes islamistes armés d'un sabre, devant l'entrée de l'école, pour y "rencontrer" Nadia Geerts, a poussé des étudiants à sortir de leur réserve. 

"C'est l'image de l'école qui est atteinte avec ce dessin", déplore Leïla El Guenouni, co-présidente du Conseil des Etudiants de la HE2B. "La situation est extrêmement tendue au sein de l'établissement". Qu'envisagent de faire les étudiants si ni la direction de la Haute Ecole ni WBE ne réagissent? Leïla El Guenouni : nous allons mobiliser la FEF (Fédération des Etudiants francophones) pour faire bouger WBE et obtenir une sanction"

La CGSP (le syndicat socialiste) s'émeut également de la situation. En date du 28 janvier, Valérie Denayer (Secrétaire Générale de l'Interrégionale de Bruxelles) interpelle en urgence le conseil d'administration de la HE2B. Evoquant le climat au sein de l'établissement, la syndicaliste demande au CA de "prendre en urgence les mesures de protection des travailleurs qui s’imposent aujourd’hui dans cette implantation. Cette demande concerne bien TOUS les membres du personnel de Defré sans exception aucune.  Certains sont plus sujets aux risques que d’autres. Cette demande concerne donc tant l’équipe de direction, que l’ensemble des personnels enseignants, administratifs et ouvriers."

Valérie Denayer conclut son courrier en demandant le retrait d'une vidéo dans laquelle Nadia Geerts, interviewée par l'Observatoire du Décolonialisme, formule de vives critiques à l'égard de certains de ses collègues. Elle y déclare notamment que certains d'entre eux sont "incapables de faire la différence entre les idées que je défends et les menaces qui pèsent sur moi aujourd'hui. Ce qui est quand même très grave (...)". L'enseignante poursuit : "Je soupçonne certains d'entre eux de penser qu'ils n'ont pas à me soutenir parce que les idées que je défends ne sont pas des idées démocratiques". Et Nadia Geerts d'enfoncer le clou : "Certains de mes collègues enseignants - je pense - pensent de la même manière que les étudiants qui m'ont agressée."

Que répond Nadia Geerts?

Nous avons soumis le courrier du Conseil étudiant à l'intéressée. Elle nous a répondu par écrit. Concernant le reproche du Conseil étudiant envers les articles de Nadia Geerts consécutifs à l'autorisation du port des signes convictionnels dans l'enseignement supérieur, l'enseignante déclare : "En réalité, les articles ont repris non pas après la décision de WBE (relative au port des signes convictionnels, ndlr), mais après une seconde salve d'attaques sur les réseaux sociaux, déclenchée par cette décision, et à laquelle le Conseil étudiant n'est pas étranger puisqu'il a clairement accordé du crédit à l'une d'entre elles, qui fait l'objet d'une plainte au civil". 

Nadia Geerts se défend aussi de faire l'objet de plaintes récurrentes de la part de ses étudiants. "Dès le début de cette histoire, j'ai demandé à rencontrer mon directeur, (...), et lui ai explicitement posé la question "des étudiants se sont-ils déjà plaint de comportements problématiques de ma part (racisme, islamophobie?)"  Sa réponse a été très claire : non, jamais. (...) J'ai également reçu de nombreux messages de soutien d'étudiants qui m'estimaient injustement attaquée. Quant à mon insécurité, je maintiens que je n'estime plus envisageable de me rendre dans mon école à des moments où l'on saurait pouvoir m'y trouver , ce qui n'a rien à voir avec le fait de m'y rendre sans que personne ne soit au courant de ma présence, qui plus est lorsque les cours se donnent en distanciel."

Concernant les critiques du CE au sujet de l'"acharnement de Nadia Geerts", celle-ci réplique : "J'estime quant à moi que c'est l'acharnement du CE qui est hautement problématique. J'ai démissionné du Conseil Pédagogique et introduit une demande de mutation, je suis en droit de me demander ce qu'il leur faut de plus pour enfin cesser de m'attaquer sur tout et n'importe quoi. Mon impression est qu'il cherche à me faire taire, ce qui est, je le dis clairement, trop demander."

Enfin, Nadia Geerts affirme "n'avoir proféré aucun mensonge et estime donc cette accusation calomnieuse". L'enseignante conclut: "dans cette affaire, il n’est pas question de signes convictionnels, mais d’attaques dont je suis victime sur les réseaux sociaux pour avoir défendu Samuel Paty, puis avoir regretté très laconiquement le changement de règlement des études de WBE. Ces attaques ont fait l’objet de deux plaintes avec constitution de partie civile, plaintes soutenues par WBE d’ailleurs." 

Nadia Geerts mise hors de cause par le pouvoir organisateur

De l'eau a coulé sous les ponts depuis la "motion de défiance". Le 27 mai, la direction de la Haute Ecole (HE2B) adressait aux étudiants du campus Defré la communication suivante : "Lors de la séance du Collège de direction du 5 mai 2021, aucun signalement négatif envers les membres du personnel n'a été présenté. Cette information a été portée au Conseil d'administration du 26 mai avec la communication ci-dessous qui vise à rétablir l'honneur de Madame Geerts.

"Le Collège de direction et le Pouvoir Organisateur, WBE, tiennent à souligner que le dossier disciplinaire de Madame Nadia Geerts est vierge, ce qui infonde des informations ayant circulé dans certains médias. Les accusations pédagogiques qui ont été portées à son encontre sont sans fondement." (...)

Voila qui devrait, en principe, mettre un terme à la polémique. 


 

 

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