Coronavirus : les personnes sans-abri ou sans papiers seront-elles vaccinées? Comment procéder?

Malgré quelques petits couacs dans l'envoi des convocations, la campagne de vaccination avance en Belgique. Mais comment inviter à se faire vacciner des personnes qui n'ont par définition pas d'adresse, comme les sans-abris ou les migrants? Il y a une volonté des autorités de protéger ces personnes, mais tout reste encore à organiser.

Les protocoles de vaccination pour les personnes sans domicile fixe et/ou sans papiers sont en cours d’élaboration en Région bruxelloise. L’idée est de passer par les équipes de terrain et de proposer à ce public souvent en marge de la société, un vaccin en une seule dose.

D’abord, les gens qui sont en maison de repos. Ensuite, les infirmiers, infirmières, médecins et tous les travailleurs des soins de santé. Aujourd’hui, c’est au tour des personnes de plus de 65 ans. En avril, ce devrait être les personnes qui exercent les fonctions jugées essentielles et à partir de juin le reste de la population de plus de 18 ans.

Avec ce plan de vaccination, la Belgique compte proposer à chaque citoyen de se faire vacciner. Mais qu’en est-il de ceux qui ne sont pas considérés comme "citoyen" ? Ceux qui n’ont pas de maison ou pas de carte d’identité ?


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Les personnes sans domicile fixe ou sans papiers sont en effet souvent exclues du système de soins de santé "traditionnel". Ce sont alors bien souvent des équipes mobiles d’associations comme celles d’Infirmiers de rue ou de Médecins du monde qui se chargent de faire valoir ce droit fondamental.

"Nous n’avons pas encore beaucoup de détails, explique la doctoresse Marieke Priem, référente médicale chez Médecins du Monde sur le site internet de l’ONG. Mais il y a un accord de principe qui dit que tout le monde sera vacciné, y compris les personnes sans-abri, sans papiers ou qui passent sous les radars."

Quand et comment cela va avoir lieu : il n’y a pas de réponse précise

La volonté des autorités est en effet d’arriver à 70% de la population vaccinée pour atteindre l’immunité collective. "Les personnes sans papiers et migrantes en font partie, continue Marieke Priem. Mais quand et comment cela va avoir lieu : il n’y a pas de réponse précise pour le moment."

Encore faut-il que ces personnes soient d’accord de recevoir la dose et ça, ce n’est pas gagné. "Il faut savoir que beaucoup de nos patients ont vécu des expériences négatives avec les autorités, ils et elles ont le sentiment de vivre en dehors du système, exclus depuis des années de la couverture de santé", répond-elle sur le site de l’ONG.

Des détails techniques difficilement applicables

Autre obstacle qui va de pair avec cette méfiance envers l’autorité : il faut s’inscrire pour se faire vacciner sur internet ou par téléphone. Là encore, des moyens de communication qui ne sont pas toujours à portée de main des personnes sans domicile fixe. "Beaucoup de nos patient.e.s n’ont pas d’adresse ou de numéro national ou ont tout simplement peur d’être enregistré.e.s", répond la doctoresse.


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Sur le terrain, les obstacles pratiques sont aussi très nombreux. "Dans la pratique, ce sera en effet un défi. Pour le moment, nous pensons que les équipes mobiles seront les plus à même de vacciner, en injectant le vaccin en une seule dose, commente Marieke Priem. Nous devons voir si cela sera réaliste."

Impossible en effet d’installer des congélateurs à très basse température dans les hubs de ces associations. Il est donc nécessaire de collaborer avec des centres de vaccination ou d’autres centres de soins.

Une seule dose par les équipes de terrains

Tous ces détails techniques sont en train d’être discutés à Bruxelles. Pour les personnes sans-abri, la Région prévoit un vaccin en une seule dose pour faciliter la tâche des équipes qui vaccinent. Une dose ? Il n’y a qu’un fournisseur pharmaceutique qui permette cela, c’est Johnson et Johnson. Si l’on suit le calendrier de l’Etat belge, il devrait arriver en avril.

Ils ne sont pas oubliés

Pour les personnes sans papier, la situation est plus complexe car certains travaillent, sont plus insérés dans la société… mais sans être considérés comme des citoyens pour autant. Ils ne fréquentent pas aussi facilement les services sociaux de peur d’être contrôlés et renvoyés dans un autre pays. Néanmoins, ils ont droit à l’aide médicale en cas d’urgence via les CPAS par exemple. C’est à partir de là qu’ils pourraient être vaccinés.

Que ce soit les personnes sans domiciles fixes ou sans-papiers, "ils ne sont pas oubliés, dit Alain Maron, ministre de la Santé et de l’Aide sociale en Région Bruxelloise, même si l’opérationnel n’est pas encore tout à fait clair."

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