Contre-attaque des opposants à la prison de Haren: recours et résistance les pieds dans l'herbe

Le terrain de la future grande prison de Haren, entre le Ring et le chemin de fer, à 2 km de l'aéroport.
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Le terrain de la future grande prison de Haren, entre le Ring et le chemin de fer, à 2 km de l'aéroport. - © RTBF

Le permis d'urbanisme est encore chaud, il a été délivré fin décembre, mais il est déjà passé au crible des opposants à la future prison. En ce début d'année, ils contre-attaquent sur plusieurs fronts.

Des recours en préparation

Le comité de Haren annonce un, voire plusieurs recours à l'encontre du projet. "On l'attendait presque, ce permis, pour pouvoir le combattre et donc on espère bien le casser" déclare Laurent Moulin, du Comité de Haren.

Un projet de prison jugé démesuré, pour 1190 détenus. Même composée de plusieurs entités distinctes, il s'agirait de la plus grande prison du pays. Ces opposants déplorent aussi un manque de réflexion sur la mobilité autour du site, sur l'impact environnemental d'un tel établissement à bâtir sur la dernière parcelle de nature de ce quartier, déjà enclavé entre le ring et le chemin de fer, sous les routes aériennes.

Et plus généralement, ce comité combat la future prison parce qu'à leurs yeux, elle perpétuera des failles du système carcéral actuel.

"Jusqu'au bout, on se battra pour un meilleur projet" dit encore Laurent Moulin, "aussi parce qu'il faut casser ce tabou que sont les prisons, ce désastre carcéral. Ils investissent tellement d'argent dans le béton qui sera coulé ici au lieu d'investir dans les gens, payer les médecins, un meilleur accompagnement, des cours et de la place pour du travail en prison. Et au lieu d'investir dans les écoles aussi, en amont".

Ces opposants comptent bien profiter des 60 jours à leur disposition pour contester le permis. Leurs recours annoncés ne seront vraisemblablement pas "suspensifs", ils ne devraient pas suspendre le début de chantier qui se profile.  

Un site internet

Le comité de Haren et l'ASBL Respire, entourés d'autres opposants qui militent en leur nom, lancent un site internet: harenobservatory.net

Ils présentent ce site en construction comme un "observatoire de la prison de Haren", qui publiera tous les documents dont ces groupes disposent, dont des PV d'entrevues avec des élus, des compte-rendus de questions parlementaires, etc. 

Le communiqué de presse donne le ton: "l'Observatoire de la mégaprison permettra de retrouver les acteurs, les origines du dossier et le processus de décision, qui constitue un exemple-type de forfaiture démocratique".

Une opposition aussi sur le terrain... Une fermette sur la friche

Au-delà de la bataille à venir dans les tribunaux et sur le web, les opposants à la future prison occupent toujours, physiquement, le terrain. Ils en avaient été une première fois délogés, ils y sont revenus et ont construit "une cabane encore plus solide que la précédente".

Des chèvres, des cochons et des chiens y font comité d'accueil. Des habitants du quartier viennent régulièrement apporter de la soupe aux occupants, des épluchures pour les bêtes.

Valentine Julien se réveille lentement, tasse de café à la main, après avoir passé la nuit là. Elle sait que le dernier permis, le permis d'environnement, devrait être délivré d'un jour à l'autre, dans le courant de ce mois de janvier. La démolition de la cabane, l'évacuation des occupants, de leur matériel et de leurs animaux pourrait alors commencer assez vite: ils sont déjà aux aguets. "Quelqu'un est déjà venu compter nos animaux. On ne sait pas qui c'est, mais on suppose que c'est en vue d'une évacuation" dit l'occupante.

Elle poursuit : "Nous résisterons dans la légalité et pacifiquement, mais jusqu'au bout. On ne peut pas laisser faire cette erreur. En Hollande, ils ferment des prisons, alors que chez nous on continue à en construire. Et on supprime cet espace vert alors qu'on étouffe à Bruxelles. Cette zone est déjà très polluée de particules fines".

Et en désignant la cabane, elle annonce: "Les petits bulldozers ne seront pas suffisants pour la renverser".

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