Confinement oblige, l'université Saint-Louis tente le blocus de groupe... virtuel !

L'un des jeux proposés aux étudiants ce mardi pour se détendre lors d'une pause était de faire reconnaitre des célébrités le plus rapidement possible à partir d'images qui apparaissaient au fur et à mesure
4 images
L'un des jeux proposés aux étudiants ce mardi pour se détendre lors d'une pause était de faire reconnaitre des célébrités le plus rapidement possible à partir d'images qui apparaissaient au fur et à mesure - © RTBF

Coronavirus ou pas, pour les étudiants du supérieur, c'est la période du blocus et de ses longues heures passées à étudier en vue des examens. Alors, d'habitude, certains choisissent de travailler via des groupes assistés. Mais avec le confinement, c'est impossible.
Pourtant, à l'Université Saint-Louis à Bruxelles, on propose tout de même travailler en groupe et d'épauler les étudiants, mais en passant par internet. 
Nous avons suivi ce blocus pas tout à fait comme les autres.

Ici, on parle en gif

Il est 8h28. Quelques visages -dont certains ne paraissent pas encore tout à fait bien réveillés- commencent à apparaître dans des petits carrés sur l'écran. Ici, c'est un blocus d'étudiants en groupe qui va démarrer. Nous ne sommes pourtant pas dans un auditoire ou une bibliothèque, mais sur un programme informatique de réunion à distance. Chacun est présent, depuis son domicile, à travers la caméra de son ordinateur. 

"Je vais lancer la musique, cela va peut-être faire venir les absents", lance Gaëlle Fruy, l'une des coordinatrices de ce blocus pour l'université Saint-Louis. Un air énergique et entrainant envahit alors les haut-parleurs des PC, suivi d'un bonjour accompagné à chaque fois du prénom, lorsqu'un ou une nouvelle étudiant(e) apparait dans le programme. Le "comment ça va ce matin ?" ne reçoit aucune réponse audible de la part des jeunes. Et pour cause, ils ont tous leur micro coupé. "Sinon, ce serait impossible de se comprendre ou de se concentrer", nous avouera plus tard Zoé, l'une des étudiantes participantes. Du coup, pour tout de même communiquer, les étudiants sont invités à envoyer un "émoticône" ou un "gif" (image virtuelle animée) pour décrire leur état d'esprit. Bonne nouvelle, la pêche du matin ne comporte que des images positives et motivées. 

8h31, c'est déjà l'heure de dire au-revoir pour la coordinatrice et de laisser les étudiants se concentrer pour deux heures de bloque, avant pour elle de revenir à la première pause, prévue à 10h30. 

Big Brother pour ne pas se déconcentrer

Etonnement, aucun étudiant ne coupe sa caméra au moment de commencer à plonger dans ses notes et syllabi. "C'est vrai que ça fait un peu Big Brother", explique Gaëlle Fruy. "Mais comme cela, les étudiants se voient. Il y a aussi un ou une étudiante un peu plus âgé(e) qui est présent(e) pour "surveiller" le groupe, tout en étudiant soi-même à distance. Attention, ce n'est pas du tout une surveillance dans le sens d'espionner et contrôler les étudiants. Ces students plus âgés sont là pour donner des conseils ou répondre à des questions, s'il y en a"

Et se voir en permanence entre étudiants qui bloquent, c'est l'une des principales motivations de Zoé, en première année de droit. "Quand on est tenté de faire autre chose qu'étudier, il suffit de regarder l'écran et de voir les autres qui, eux, bossent. Cela donne la motivation pour s'y remettre. On se dit que si eux peuvent le faire, pourquoi pas moi ? D'ailleurs ça marche bien avec moi, puisque je ne regarde pratiquement plus mon gsm durant ces temps d'étude"

On joue même en blocus

Autre manière de garder la motivation et l'enthousiasme chez les étudiants :  meubler les pauses. Mais pas n'importe comment. "D'habitude, lors des blocus assistés classiques, les étudiants sortent du local à la pause et discutent entre eux ou vont faire un tour à plusieurs", raconte Aveline Mazy, l'autre coordinatrice de ces groupes d'étude. "Ici, ils sont coincés chez eux, parfois seuls. Alors, c'est nous qui tentons d'être créatives pour leur changer les idées quelques instants"

Quizz musical, pictionnary en ligne, cours express de yoga, pas mal de choses ont déjà été tentées cette semaine lors de ces pauses d'une demi-heure, à 10h30 et 16h (la pause de midi étant plus longue, entre 13h et 14h). "Ce mardi, c'est quizz d'images", explique Gaëlle Fruy. "Des images vont apparaitre progressivement à l'écran et l'étudiant(e) qui m'envoie le plus rapidement le nom de la célébrité qui y figure gagne un point".

On le constate rapidement, les étudiants se prennent au jeu. Même si les réponses sont écrites et le silence un peu trop prégnant, micros fermés obligent, ce qui enlève un peu de dynamique à l'épreuve. "Le jeu, ça me permet vraiment de me changer les idées", explique Esther, étudiante en première année de philosophie. "Sans cela, lorsque je fais une pause si j'étudie seule, je pense toujours à ce que je viens d'étudier et à ce qu'il me reste encore à étudier aujourd'hui. Mais avec le jeu, je fais complètement le vide. Et ça, ça fait du bien".  

Ce blocus sauce virtuelle semble donc fonctionner. "C'était un challenge, mais je crois que cela se passe bien", confie Aveline Mazy. "Le but est surtout, au final, de leur apprendre un rythme de travail. Huit heure d'étude par jour, par tranche de deux heures d'affilées et espacées à chaque fois de longues pauses. Si les étudiants gardent cette habitude et leur concentration pour le reste du blocus, les examens devraient bien se passer pour eux"

La réponse tombera d'ici quelque semaines. Ce blocus assisté, lui, dure une semaine et s'achèvera vendredi. Mais Esther a déjà promis qu'elle tenterait de continuer cette espèce de surveillance de groupe avec des amies dès ce week-end. De quoi aussi se sentir moins seule, alors que ces étudiants viennent déjà de passer deux mois à recevoir des cours seuls sur leur ordinateur à la maison à cause du confinement et de la fermeture des universités.